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Posté le 27.04.2008 par aimerpourlavie
TOUS DROITS RESERVES A SON AUTEUR/ RENE MAX.
Les pages de ce récit sont celles d'un livre destiné à être publié.
Dans les cendres de l'Amour.
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Sur le moment je ne comprends pas trop ce que me dit Isabelle et ne saisis pas le contenu des paroles que diffuse la radio. Aussi à la maison, après l’école et avant de m’endormir, je surveille pendant quelques jours les émissions pour avoir la possibilité d’enregistrer sur ma radiocassette cette chanson.
Cette dédicace est un tournant dans mes choix musicaux, et la découverte de ce chanteur me conduit à deux situations nouvelles.
La première touche les chansons. Alors que jusqu’à maintenant la musique correspondait plus à un bruit de fond dans mon univers qu’à autre chose, afin de savoir pourquoi Isabelle m’a dédié celle-ci, je commence à écouter les paroles que les chanteurs mettent en musique.
En découvrant celles de Gérard Lenormand, c’est comme si j’avais ouvert la porte à un oiseau en cage. Tout ce que j’avais dans le cœur, toutes ces interrogations, tous ces bonheurs, toutes ces humeurs qui quelque part nichaient au fond de moi, ont pris leur envol dans l’air des ces paroles qui résonnent au diapason de mon vécu.
La deuxième est de comprendre la raison de cette dédicace. Je sais qu’elle m’a dit cela pour me remercier d’être ce que je suis, mais je m’interroge pour savoir si je dois être plus ou moins présent, plus ou moins à l’écoute, plus discret ou plus entreprenant, sans trouver la réponse.
Je vois bien que depuis l’année dernière je n’ai pas trop avancé, j’en suis presque au même point. Je suis amoureux en toute discrétion.
Oui bien sûr! je suis devenu un proche d’Isabelle, un proche de sa famille. Je peux même dire que j’ai l’impression d’avoir une deuxième famille.
Mais si moi j’ai réussi à me rapprocher, Isabelle elle, est restée là même.
Ce n’est jamais elle qui fait appel à moi, et c’est à mon initiative que parfois une excuse est inventée pour l’avoir au téléphone lorsque la journée nous ne nous sommes pas vus très longtemps.
Alors forcément je cherche à comprendre le pourquoi de cette dédicace.
Christelle que je vois assez souvent lorsque Christophe la rejoint, m’a dit un jour :
« Max tu souffres, et tu souffres pour rien. »
Je lui ai affiché un franc sourire en lançant: « mais non ! où as-tu vu cela ? Je suis heureux d’être avec vous. »
En fait, elle voyait très bien ce que moi je cherchais délibérément à me cacher, ce que je ne voulais pas m’avouer.
M’avouer qu’il y à presque un an j’ai laissé prendre un feu que volontairement je n’ai pas maîtrisé. Je n’ai rien fait pour l’activer mais je l’ai laissé brûler, et dans la chaleur de ses flammes, m’emporter si haut que j’en ai perdu le contrôle de la réalité.
La réalité dont la sagesse était de se limiter à ce qu’elle m’offrait : être un copain et ne rien attendre de plus.
Enivré par les sentiments que mon cœur m’offrait de vivre je ne pouvais que déraisonner, et aujourd’hui dans la lumière des paroles de ce chanteur, j’ouvre les yeux sur le gouffre qui me sépare de cette réalité. Brutalement mon ascension s’arrête.
Posté le 07.05.2008 par aimerpourlavie
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Si mon ascension vient brutalement de cesser, ce n’est pas pour autant la chute libre, pas encore…
Je suis comme en état d’apesanteur, les bras écartés, la tête et le cœur entre deux niveaux. Mes yeux balayent du haut vers le bas ce qui m’entoure. Sous mes pieds l’immensité d’un vide dans lequel je ne veux pas m’écraser, et au-dessus de moi la beauté de mes sentiments.
Je suis obligé de me casser la nuque la tête en arrière pour conserver cette brillance dans mon champ de vision.
Ces chansons qui bercent mes interrogations ont dans leur texte le contenu de mes sentiments du moment. Il me faut alors peu de temps pour avoir ce qui me semble être une idée géniale : acheter l’album de Gérard Lenormand pour l’offrir à Isabelle.
Un aller en stop à Dijon permet de me rendre à la librairie de l’université.
Là, au rayon disques, nous avons la possibilité d’écouter dans les cabines, un certain nombre d’enregistrements pour choisir celui que l’on va acheter. C’est avec Olivier que j’ai découvert cet endroit.
Les chansons de Gérard Lenormand qui me touchent plus particulièrement, sont comprises dans plus d’un album. J’en écoute quelques-uns et me décide enfin pour effectuer l’achat du double album dont le nom est Nostalgie. Le coût dépasse ce que j’avais initialement prévu mais en contre partie, me voilà l’heureux possesseur de ce double 33 tours qui va devenir pour moi le messager de mes sentiments.
Si Isabelle m’a dédié une chanson, je vais moi pouvoir lui dédier l’album entier.
Elle saura ainsi ce que je ressens, connaîtra si elle entend, ce qui résonne au fond de mon coeur….
Dans le bus qui me ramène de Dijon jusqu’à Vosne, j’ai le temps de relire toutes les paroles des chansons. Elles sont inscrites sur la pochette bleue cartonnée qui contient les deux disques.
Lorsque j’arrive, c’est madame Souvignet qui me reçoit.
« Tiens tu es donc là toi ! me dit-elle. »
J’arrive à l’imprévu c’est vrai. Il faut dire que ce n’est pas mon genre ni dans mes habitudes, mais ce que je veux faire à pris tellement d’importance dans ma tête, me paraît tellement être une bonne idée, que je ne veux pas attendre.
« Isabelle, viens voir, Max est là! lance madame Souvignet »
La porte de sa chambre s’ouvre, Isabelle apparaît le sourire aux lèvres.
« Tiens bonjour, tu es de passage ?
-De passage oui, mais volontairement car j’ai quelque chose pour toi.
-Ha bon, de quoi s’agit-il ? Attends, viens avec moi. »
Nous prenons tous les deux la direction de sa chambre. Madame Souvignet reste à ses travaux.
Isabelle s’assoit sur son lit et me fait face, je reste debout.
« C’est quoi cette histoire ? me demande t-elle, le sourcil relevé.
-Tu sais depuis que tu m’as dédié cette chanson de Gérard Lenormand, j’ai appris à l’écouter et à l’aimer. Dans ses paroles il exprime tellement de beaux sentiments qu’à mon tour j’ai voulu te dédier quelque chose. »
J’ouvre mon sac plastique duquel j’extrais le double album enveloppé dans du papier cadeau.
Je le tends à Isabelle à qui doucement je dis :
« C’est pour toi, je veux t’en faire cadeau et te dédier tout ce qu’il contient. »
Posté le 10.05.2008 par aimerpourlavie
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En me remerciant Isabelle se saisie du paquet, hésite un peu puis ouvre le papier d’emballage duquel elle extrait le double album. Inquiet, j’observe les traits de son visage.
Je ne vois rien et pire encore Isabelle reste silencieuse. Je ne sais comment interpréter cela.
Quand enfin des mots sortent de sa bouche, elle me dit :
« Max tu es fou, un double album…Il a dû te coûter très cher. »
Elle lit le texte des chansons écrites sur la pochette du disque, reste de nouveau silencieuse pendant ce temps. Je suis encore debout à l’observer.
Je me dit qu’elle va commencer à comprendre ce tourment qui brûle en moi, qu’en écoutant au calme ces chansons elle…..
Soudainement, Isabelle se relève me regarde et me dit.
« Non c’est trop Max, je ne peux pas.
-Tu ne peux pas quoi ?
-Je ne peux pas accepter, cela n’est pas pour moi.
-Mais si justement Isabelle, c’est pour toi. C’est pour te remercier de m’avoir fait connaître Gérard Lenormand et aussi pour le plaisir de te faire ce cadeau.
-Non Max, il ne faut pas. »
En disant cela Isabelle me tend les disques.
Je ne comprend pas ce qui ce passe, j’ai l’impression d’avoir un gong qui résonne dans la tête, j’ai du mal à clarifier mes pensées.
« Tiens reprends les, je suis désolée je ne peux pas garder ça pour moi. »
La main que je tends pour prendre les disques tremble un peu, et j’ai du mal, mais je réussis à empêcher des larmes de passer la frontière de mes yeux.
Mes yeux qui se portent sur la photo qui orne l’album.
Elle montre le chanteur marchant les mains dans les poches, dans un champ, avec pour arrière plan un ciel nuageux.
Les nuages sont aussi en train de remplir mon cœur. Je vois Isabelle qui me regarde l’air sincèrement désolée.
Pourtant à cet instant je lui en veux. C’est la première fois depuis que je la connais.
Je lui en veux de ne pas comprendre l’importance qu’avait pour moi ce don que j’ai voulu lui faire. Je lui en veux de briser l’espoir que j’avais mis dans cette phase de compréhension que devaient lui donner les chansons qu’elle allait pouvoir écouter.
Je ne suis même pas vexé, juste triste de ce qui arrive.
Maintenant je sens dans mon cœur comme une lame chaude qui s’y serait logée. Ce feu qui a toujours brûlé en son sein est battu par les vents d’une tempête inconnue. La douleur de sa brûlure se répand jusqu’aux limites de sa périphérie.
J’ai rangé l’album dans son sac. Sans rien dire je sors de la chambre d’Isabelle et quitte discrètement la maison Souvignet.
Arrivé dehors, mes disques sous le bras, je pars en courant jusqu’à la route nationale.
Posté le 11.05.2008 par aimerpourlavie
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Page49
Je suis retourné par ce qui vient de se produire. Tout à mon plaisir d’offrir quelque chose à Isabelle, je n’ai à aucun moment imaginé qu’elle pourrait rejeter celui-ci. Il m’avait même paru évident qu’elle comprendrait, qu’elle finirait par écouter ces chansons et deviner ce qui avait pu motiver ce cadeau.
Dans mon état d’apesanteur, le vide sous moi et la tête rejetée en arrière pour continuer d’apercevoir ce qui ces derniers mois était la cause de cette ascension, c’est un trou d’air que je viens de subir, une secousse qui me fait battre des bras comme pour me rattraper à quelque chose entre immobilisme et chute vers ce précipice que je ne veux pas voir. Je reste encore en suspend, mais cette fois et malgré moi, j’ai les yeux vers ce trou noir qui semble m’attendre.
Je quitte Vosne Romanée à pieds en longeant la nationale pour retourner sur Vougeot, et tout en marchant je contiens ces larmes qui cherchent à me brouiller la vue.
Bataillant contre tout ce qui me passe par la tête, je me rends à l’évidence qu’en fait j’ai calqué sur Isabelle ma façon d’agir, ma façon de ressentir.
J’ai commis cette erreur de penser que l’autre peut réagir comme moi, l’erreur de penser à la place de l’autre.
Sans m’arrêter, je me retourne pour regarder une fois la maison d’Isabelle. La fenêtre de sa chambre donne sur la nationale et peut-être suit-elle du regard mon départ. Le voitures et les camions qui me dépassent m’induisent, dans leur souffle d’air qui m’enveloppe et me secoue, des idées de détresse; et si je me laissais tomber là, sur la chaussée, juste au moment ou passe un véhicule…..
Tout se bouscule dans ma tête, je ne sais plus où j’en suis, pourtant j’arrive à garder le contrôle de la situation.
Je me décide pour un geste moins grave. Je vais briser les disques et les jeter dans le fossé. Je pense qu’Isabelle me voit et comprendra que je suis blessé.
Je m’arrête, sors les vinyles de leur pochette, je vais les casser sur mon genou avant de disperser les morceaux. Un gros camion me dépasse en klaxonnant.
Je ne peux m’empêcher de regarder une fois encore l’image de cet album qui a pour nom Nostalgie. Les mains dans les poches le chanteur aussi à l’air nostalgique, mais il avance.
Dans ma tête aussi j’avance. Ma raison essaye de se faire entendre : « Tu l’as payé cher cet album, il serait dommage de le jeter, garde le pour toi au moins. Tu ne connais pas toutes ces chansons, écoute les, elles t’aideront peut-être toi aussi comme tu pensais qu’elles le feraient pour Isabelle. »
Je m’assois sur la rive du fossé, le regard perdu dans le paysage qui m’entoure, mes tensions en profitent pour s’apaiser.
Je me dis maintenant que je ne veux pas qu’Isabelle me voit ainsi et sans plus tarder je reprends ma route.
Arrivé à la maison je gagne directement ma chambre. Je ne veux pas que l’on connaisse mon désarroi.
Le seul tourne-disques de la maison est celui de l’école. Presque un meuble qu’il faut porter à deux mains et dont l’unique haut-parleur mesure un mètre cinquante. Je n’ai jamais utilisé ce genre d’appareil, pourtant j’ai envie d’écouter les disques que je viens de ramener et pas à l’école, mais dans ma chambre.
Je retrouve papa qui travail au bureau du secrétariat de mairie pour lui demander l’autorisation d’emprunter ce trourne-disques, Maman est aussi là.
Alors que je m’attendais à un refus ou pour le moins à une demande sur la raison de cet emprunt, c’est un: « oui tu peux » qui m’est adressé. Alors que maman m’observe, je lance un rapide merci et quitte les lieux avant que mon visage trahisse l’événement que je traverse.
Posté le 16.05.2008 par aimerpourlavie
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Les pages de ce récit sont celles d'un livre destiné à être publié.
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Le lourd appareil est monté en deux fois jusqu’à ma chambre. Ces vingt et une marches de l’escalier qui mène à l’étage des chambres, sont gravies à la lenteur imposée par le poids de ce que je transporte.
Mais j’ai aussi l’impression qu’un autre poids, encore plus lourd, et qui en ces instants plombe mon cœur, donne à mes gestes et à mes réflexions la sensation d’être englué, la sensation d’être anesthésié.
Une fois le tourne-disques installé, je n’attends pas pour écouter les chansons que j’avais choisis pour Isabelle. Volontairement je mets le son assez fort pour qu’il puisse être entendu à l’extérieur de ma chambre ; message de tristesse pour ceux (s’il en est), qui essayeraient de comprendre cette situation nouvelle dans mon attitude.
Je verrouille ma porte, puis-je m’allonge sur mon lit où les yeux fermés, je me laisse porter par la nostalgie que diffuse le haut-parleur.
Dix fois pour le moins j’aurais ce soir là écouté le double album de Gérard Lenormand, et inconsciemment, je me suis laissé recouvrir par une épaisse gangue de nostalgie.
Des jours durant encore, je n’aurais passé mon temps libre qu’à écouter ces chansons.
Je ne suis pas repassé par la maison Souvignet.
L’école a continué à rythmer mes rencontres avec Isabelle, comme l’ont fait nos sorties organisées avec Olivier, Christophe et Christelle.
Mais nouveauté pour moi, je souffrais de sentir mon cœur faire le hérisson. Je le sentais fermé, en boule, sur la défensive.
Le feu de cet Amour qui m’avait envahi, ne s’étouffait pas. Il continuait de brûler dans cette boule fermée. Je ne pouvais lui apporter ni oxygène, ni évacuation. Je ne savais pas comment gérer cela.
Dans ces moments partagés entre nous, j’installais de la distance entre Isabelle et moi. J’avais encore plus l’impression de ne pas être à ma place. Peut-être parce qu’elle ne m’a jamais reparlé de ce jour où elle a refusé la partie de mes sentiments que je voulais lui offrir en chansons, jamais demandé ce que j’avais fait des disques qu’elle m’avait rendus.
En apparence j’essayais de tenir cette distance. De surcroît mon comportement intérieur était ambigu, car je continuais d’être l’Ami sur lequel elle pouvait compter et s’appuyer. Ambiguïté qui comme un soufflet de l’enfer, activait le feu qui me dévorait.
J’ai inconsciemment tenté une parade, peut-être plus exactement un contre feu. Il a eu pour nom Danielle.
Danielle la sœur d’Isabelle. Je la voyais presque à chaque fois que nous nous trouvions à Vosne. Nos relations étaient sympathiques, maintenant je riais même plus avec elle qu’avec Isabelle.
Un jour elle a commencé à prendre des leçons de code pour passer son permis de conduire. Moins de trois kilomètres séparent Vosne de Nuits où elle se rend à bicyclette par les chemins de vigne.
Ses leçons sont souvent en fin de journée, horaires auxquels je suis généralement déjà rentré de l’école.
Il m’a fallu peu de temps pour lui proposer de l’accompagner sur le trajet qui la mène à Nuits. Elle en a rit au début, puis à du penser que je me sentais obligé. M’a dit que ce n’était pas la peine que je l’accompagne, qu’elle pouvait faire le trajet seule. Mais moi au fond, j’étais un peu inquiet de savoir qu’elle rentrait seule la nuit tombée.
Au premier trajet je me suis imposé, puis elle a très vite apprécié que sur ma mobylette je puisse la tracter, accrochée à mon épaule.
Moi je profitais de ce fait pour être heureux de lui rendre service, heureux d’avoir sa main sur mon épaule.