9-10- Page 86.
Publié le 08/10/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
TOUS DROITS RESERVES A SON AUTEUR/ RENE MAX.
Les pages de ce récit sont celles d'un livre destiné à être publié.
Dans les cendres de l'Amour.
Indéniablement des barrières étaient tombées, c’est la première fois que je « voyais » une autre fille qu’Isabelle, la première fois que je me laissais porter par autre chose que ce qui me liait à elle. Je n’avais pas bu et je ne fumais pas. Une page se tournait, aussi simplement que cela. Pourquoi maintenant et pas plus tôt, je l’ignorais, il me semblait que rien avait changé en moi.
Je l’abordais d’une façon on ne peut plus banale sur un :
« Bonjour ! Vous n’étiez pas déjà là samedi dernier ?
et elle de répondre, - Mais si…, vous êtes physionomiste…. »
Elle s’appelait Michelle, avait 22 ans, très jolie, blonde vénitienne aux yeux gris, et elle venait de balayer mes dernières attaches avec Isabelle.
Si je m’étais vu draguer cette fille, j’aurais certainement eu les mêmes yeux exorbités que ceux de Christophe à ce moment là.
Par la suite il m’a dit avoir été très étonné de me voir « sélectionner » une si jolie fille, et qui faisait plus adulte que moi. Il est vrai que je n’avais que 18 ans, mais là aussi cet élan vers Michelle me semblait indépendant de ma volonté.
Nous étions deux semaines avant mon départ pour Mont de Marsan. Le lendemain, un dimanche, elle me recevait dans son appartement.
Pour Michelle aussi j’ai eu beaucoup de sentiments, trop à son goût certainement, mais comparés à ceux nés au contact d’Isabelle, c’était comparer la pluie et un océan.
Le jour du départ, c’est en stop que j’ai gagné la gare de Dijon pour un périple de quatorze heures de train, qui allait me faire passer par Paris, Bordeaux et Mont de Marsan.
Dans la matinée je suis passé à Vosne Romannée saluer les filles, Christelle, Isabelle ses sœurs et ses parents.
L’après-midi sur le chemin de la gare, je me suis arrêté à la clinique de Chenôve, où maman était rentrée la veille pour se faire retirer un calcul. L’au revoir du fils partant à l’armée fût comme pour toute les mamans, difficile, encore plus dans une clinique.
En sortant de sa chambre, dans le couloir j’ai croisé une infirmière Allemande qui parlait très peu le Français, et à qui je suis parvenu à expliquer sans trop de mal, que je souhaitais qu’elle s’occupe un peu de maman pour la consoler de mon départ. Avec un grand sourire et son fort accent elle m’a promis de passer la voir.
Malgré la peine de maman, mon regret à moi était encore et toujours de laisser Isabelle. Mon pincement au cœur en pensant à elle n’était pas petit. Malgré mes résolutions, malgré mes évolutions, malgré Michelle.
Le lendemain matin, l’incorporation commençait, j’étais de la 79/12.
Autour de moi, les mines étaient tristes. Je me suis vite rendu compte que j’étais le seul volontaire pour cette année sous les drapeaux, quand mes camarades de chambrés m’ont menacé de me casser la figure, si je continuais à parler du plaisir d’être là.
En aménageant mon armoire, la seule image que j’ai punaisée sur une des portes, était une photo d’Isabelle avec mon chapeau de cow-boys sur la tête.
Au fond, je n'avais pas vraiment envie de me séparer d'elle, même ici.
.
Publié le 09/10/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
TOUS DROITS RESERVES A SON AUTEUR/ RENE MAX.
Les pages de ce récit sont celles d'un livre destiné à être publié.
Dans les cendres de l'Amour. --- Le temps de l’armée ---
Pour la plupart des hommes contraints au service national, ce passage sous les drapeaux reste un des meilleurs moment de leur vie. Il l’est aussi pour moi.
J’avais en plus, l’avantage d’être volontaire, et je cherchais à profiter de ce temps pour malgré tout, parvenir à me détacher d’Isabelle.
C’était pour moi une grande colonie de vacances, tout le monde avait l’air d’en souffrir, moi j’avais l’impression de revivre.
A leur décharge pour mes camarades de contingents, la plus part étaient bien plus âgés que moi et avaient dû abandonner de force, une vie professionnelle ou de famille, voir les deux à la fois.
Bien que très loin de ma zone géographique d’attache dont quatorze heures de train me séparaient, ma grande soeur habitait Mont de Marsan, mariée qu’elle était avec un militaire de la base. Bien des années nous séparaient du temps où partageant la même chambre, je vivais ses chagrins en pleurant avec elle.
La vie nous avait lancé chacun sur nos chemins, et moi je vivais le mien.
Après le temps des classes qui pour la plupart se déroulèrent en pays Basque, mes chefs ont estimé que malgré mon jeune âge, je pouvais tenir la fonction d’instructeur au centre d’instruction de la base aérienne. Autrement dit, enseigner aux nouvelles recrues le temps de leur classe, ce que d’autres m’avaient enseigné. Faire un lit au carré, faire un nœud de cravate, marcher au pas, bien saluer, comprendre et savoir faire un demi-tour droite, etc.
Après mon premier contingent, cerise sur le gâteau si je puis dire, on m’a confié pour le reste du temps le contingent des filles. Tous les deux mois j’avais douze nouvelles filles à instruire.
Mes camarades et d’autres, se frottaient les mains en voyant arriver cette « chair fraîche », et j’ai vite compris pourquoi mes supérieurs m’avaient confié cette responsabilité.
En fait je restais avec elles comme avec Isabelle, respectueux de leur personne.
Je ne profitais ni de leur situation de faiblesse ; filles mères, ou désespérées de ne pouvoir trouver un travail tentant leur dernière chance à l’armée, ni de la facilité qui m’était donné de les séduire.
Deux ont tout de même écorché mon cœur. Françoise était là quand après quelques mois d’éloignement Michelle m’a fait comprendre qu’elle m’avait «remplacé», puis j’ai partagé les pistes de danse avec Sophie.
Pour cette dernière, un dimanche de consigne, après la messe, j’ai même fait le mur et 250 km pour la retrouver, sans même qu’elle m’attende et sans que je parvienne à la voir.
Lorsque que je ne m’occupais pas de l’instruction des filles ou de leur bien être, c’était les sorties entre copains qui comblaient mon temps libre.
Toutes ces conditions étaient favorables pour me faire oublier Isabelle.
Ce n’était à vrai dire pas si simple. Je ne rentrais chez moi qu’une fois par mois, avec le ticket de transport gratuit que nous octroyait l’état. Je n’éprouvais de toutes façons pas le besoin de revenir plus souvent à la maison, même si...
Même si une fois sur place je n’avais qu’une idée en tête, retrouver Isabelle.
.
Publié le 19/10/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
TOUS DROITS RESERVES A SON AUTEUR/ RENE MAX.
Les pages de ce récit sont celles d'un livre destiné à être publié.
Dans les cendres de l'Amour.
Lorsque pour ma permission je quittais la base aérienne, en prenant le train à Mont de Marsan vers 16 heures, j’arrivais à Dijon pour 04 heures du matin. Personne ne m’attendait, et je n’aurais jamais dérangé mon père pour qu’il vienne me récupérer à la gare. J’avais vingt kilomètres à parcourir pour être à la maison.
Il m’est arrivé une fois de prendre le taxi pour faire le trajet, mais la plupart du temps je faisais du stop, c’était l’heure de la sortie des discothèques. Il m’est arrivé quelques fois aussi de ne rencontrer aucun véhicule, et c’est à pieds que j’effectuais la distance.
J’arrivais à la maison pour le petit déjeuner.
Une bonne douche une heure ou deux de repos dans ma chambre, puis je sautais dans ma voiture pour rejoindre Dijon.
Je savais qu’Isabelle sortait du travail pour midi, qu’elle devait attendre puis prendre le bus pour rentrer sur Vosne. Il y à quelques temps je lui avais proposé de venir l’attendre à la sortie du travail le samedi, pour lui éviter de rentrer trop tard chez elle.
C’était donc une habitude que j’avais prise, et ce samedi là comme les précédents, j’étais rue Parmentier sur le parking de son entreprise, à attendre de la voir surgir parmi ses collègues de travail.
Combien de fois Christophe m’avait-il dit que j’étais cinglé. Que pouvais-je avoir à gagner à perdre mon temps pour une fille qui n’avait rien à faire de moi ?
C’était vrai sur le fond, mais sur la forme je voyais bien qu’Isabelle trouvait aussi son compte dans ce taxi que j’étais à ce moment là, et la voir satisfaite de quelque chose que je lui apportait suffisait à me faire plaisir.
Quoi qu’il en soit, je n’attendais plus rien d’elle, et n’en espérait pas plus, mais elle faisait un peu partie de ma vie, et il m’était agréable de pouvoir partager avec elle, ces quelques moments privilégiés où nous discutions de tout et de rien.
De ces instants Isabelle m’a découvert sous un autre jour. N’ayant plus cette attitude d’attente dans laquelle elle m’avait tant connu, j’étais de fait libéré de m’exprimer sans contraintes.
Contraintes que seul je m’étais imposées, et qui me limitaient dans mon expression, par crainte à l’époque où j’espérais en elle, de la faire fuir ou de la déranger par mes dires.
Là dans la voiture et lorsque que l’on se retrouvait dans la journée, j’étais on ne peut plus naturel, expressif, et chargé de tout ce qu’un temps d’armée entre copains peut apporter en expériences des autres, et anecdotes diverses. Il y avait de la franche rigolade dans l’air, j’étais devenu intéressant à écouter parler, à écouter chanter lorsque que j’imitais mes copains Basque.
Nous nous retrouvions toujours aussi avec Christophe, Christelle, Olivier et son amie Julie, continuant de partager quelques soirées ensemble. J’étais là aussi l’attraction du moment.
Une fois, alors que je me trouvais à deviser en compagnie de Danielle la sœur d’Isabelle, j’ai perçu comme un signal fort ce qu’elle me disait :
« Tu sais Max, nous en parlons souvent avec Isabelle, tu as changé depuis que tu es parti pour Mont de Marsan. Isabelle te trouve très drôle, agréable et elle aime bien ta compagnie. »
Ce jour là, sur la piste de danse à qui je restais fidèle, je me suis repassé cent fois dans la tête cette phrase de Danielle. Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier ? Mon imagination me jouait-elle des tours ?
Publié le 21/10/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
TOUS DROITS RESERVES A SON AUTEUR/ RENE MAX.
Les pages de ce récit sont celles d'un livre destiné à être publié.
Dans les cendres de l'Amour.
Les fois suivantes, lors de nos rencontres, en prêtant attention au comportement d’Isabelle, il me semblait percevoir un changement dans sa façon d’être avec moi. Il me paraissait évident qu’elle cherchait à entretenir le dialogue, évident que je lui étais devenu plus agréable à fréquenter: j’étais plus souriant, plus détendu et devenu, comme elle a su me le dire, un autre Max.
De cette évidence m’est revenu en mémoire tous les vœux , toutes les prières que j’avais pu émettre au ciel ces années passées: « Je souhaite qu’un jour Isabelle m’aime», me demandant soudain s’ils n’étaient pas en cours de réalisation.
Nous appréciions de nous retrouver et le temps ne nous semblait pas trop long, seulement plus je l’observais, plus je me disais que nous ne devions pas avoir les mêmes desseins.
Je ne parvenais pas à les définir précisément, et n’imaginais pas vraiment qu’Isabelle trouve en moi plus qu’un bon camarade sur le retour, mais j’étais certains d’une chose je ne chercherais pas à développer avec elle une nouvelle relation sentimentale.
Sous le tas de cendres du feu qui avait brûlé dans mon cœur quelques braises encore chaudes persistaient ; regrets, tristesse d’avoir volontairement stoppé mes relations avec elle , mal de l’avoir tant aimée, mais en aucun cas je ne voulais souffler dessus le vent d’une reprise sentimentale, non ! Pas avec Isabelle.
Le temps des trajets en train, combien de fois ai-je retourné la question, combien de fois ai-je essayé d’imaginer ce que donnerait une relation entre nous deux .
Pouvais je me laisser aller à ce qu’elle semblait me proposer ? Pouvais-je une nouvelle fois lui ouvrir les portes de mon cœur ?
Contradictoirement, j’avais en moi la tristesse de constater que je ne voulais plus d’elle. Les barrières définitives qui m’empêchaient de penser autrement, étaient aussi la certitude que le feu sentimentale que je laisserais démarrer dans mon cœur auraient des effets encore plus dévastateur que le premier.
Le sas du chemin de mes sentiments pour Isabelle venait définitivement d’être scellé.
Dans la fenêtre qui me permettait de voir à l’intérieur, je distinguais ce tas de cendres encore chaudes sous lequel palpitait toujours quelques braises, mais il était destiné à mourir de lui même. Je venais de jeter au loin les clés qui le condamnait, et plus personne ne parviendrait à en ouvrir l’accès.
Le temps des vendanges approchait. Depuis quelques années déjà, je les faisais chez Christophe dont les parents sont vignerons. Cette fois pourtant mes permissions ne concordaient pas avec les dates des vendanges prévues cette année.
Je n’avais aucun moyen de décaler cette permission, et pour pouvoir être présent il fallait que je trouve une astuce me permettant de la prolonger.
Ce n’était pas réglementaire et je risquais gros à le tenter, mais je voulais une fois encore être là à cette période où je savais que je pourrais privilégier quelques moments de partage avec Isabelle et sa famille, comme chaque année depuis que je faisais les vendanges.
Publié le 30/10/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
TOUS DROITS RESERVES A SON AUTEUR/ RENE MAX.
Les pages de ce récit sont celles d'un livre destiné à être publié.
Dans les cendres de l'Amour. --- La fiancée décédée. ---
Il me fallait donc trouver une raison, un événement particulier qui m’octroierait le droit de prolonger une permission, ou de quitter la base quelques jours pour regagner mon domicile, le temps qu’il fallait pour faire les vendanges.
Après avoir cherché, et envisagé toutes les combinaisons possibles, une évidence à pris place dans mon esprit : seul un événement grave comme un accident ou un décès pouvait motiver un retour en permission exceptionnelle.
Après avoir prévenu Christophe que j’aurais besoin de son aide, dans le train qui me ramenait à Mont de Marsan j’échafaudais le scénario de mon histoire.
Son déroulement allait débuter dès mon retour sur la base. Je n’en suis pas très fier aujourd’hui, mais à cette époque ce fut « la » grosse aventure de mon service militaire.
Dès mon arrivée le lundi matin,avec la complicité de Christophe qui téléphonant à mes chefs, s’est fait passer pour mon père m’annonçant l’accident grave de ma fiancée, j’ai demandé à repartir chez moi.
Dans cette histoire imaginaire mais qui me servait à atteindre mon objectif, l’accident avait eu lieu la nuit alors que ma fiancée rentrait du travail et qu’elle s’était fait percuter de face par un conducteur soul. Elle était à l’hôpital dans un état grave.
Il y eut un moment de flottement, car mon lieutenant ne voulait pas que je parte sans en savoir plus, jusqu’à ce que mon capitaine d’autorité, tranche en m’annonçant que je pouvais rejoindre ma famille.
Puis un moment de déception suivi d’un instant de honte, lorsque qu’après m’être rendu compte que je n’avais pas pensé et n’avais pas les moyens financiers de me payer le ticket SNCF du voyage, j’ai constaté que mon meilleur copain avait fait le tour des chambres pour une collecte qui a permis de réunir les fonds nécessaire à son achat.
A 10 heures je me trouvais malgré cela heureux, sur le chemin de la gare, avec pour ordre de rendre compte de la situation à mes chefs dès que je le pourrais, durant les trois jours qui m’avaient été accordés.
J’allais donc commencer les vendanges dès le lendemain.
Lorsque arrivé à la maison je téléphonai à Christophe pour lui annoncer la réussite de mon stratagème, ce dernier m’avertit qu’en fait les vendanges ne débuteraient pas avant samedi, nous étions mardi.
Forcément je lui en ai voulus car il m’avait bien confirmé auparavant qu’elles devaient commencer dès ce lundi.
Même si j’avais la satisfaction de pouvoir durant ces trois jours qui m’étaient accordés,
rencontrer Isabelle, je n’en étais pas moins déçu et frustré.
Frustré de ne pouvoir cette année participer à la récolte du raisin,.et à ces moments sympathiques que la fin de journée offrait, et que j’aurais partagés avec la famille d’Isabelle.
Déçu bien sûr, d’avoir pris le risque d’être puni par des jours d’arrêt pour le mensonge que j’avais mis en place, pour ce bénéfice pratiquement nul.
En y réfléchissant, l’armée m’avait octroyé une permission jusqu’à mercredi soir, les vendanges allaient avoir lieu samedi, et c’était confirmé. Peut être qu’en cherchant un peu j’allais trouver le moyen de prolonger cette permission exceptionnelle.