9-10- Page 61.
Publié le 11/06/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
TOUS DROITS RESERVES A SON AUTEUR/ RENE MAX.
Les pages de ce récit sont celles d'un livre destiné à être publié.
Dans les cendres de l'Amour. --- Réunion au presbytère. ---
Sur ces mots le père Debort m’abandonne et s’en va préparer son office. Il y a bien des années que nous nous connaissons.
Bien sûr il y à eu le catéchisme, époque où je m‘évertuais à décortiquer ce que l’on essayait de nous expliquer. Mais grandir dans la foi sans avoir besoin de comprendre comment d’un bâton levé on pouvait séparer les eaux de la mer n’était pas mon fort, et de cette période je ne conserve que le souvenir d’un échec.
C'est une barrière que j’avais dressée entre moi et lui qui représentait certaines idées que je savais non conformes aux miennes.
Mais il y à eu Isabelle.
1977 les vacances d’été sont déjà loin derrière nous. Cette année encore nous les avons employées au travail, en sorties, ballades et baignades, sources de plaisirs partagés malgré que je me sente un peu à l’écart de ce groupe où chacun avait un amoureux.
Bien que nous soyons souvent tous les quatre : Christelle, Isabelle, Christophe et moi, j’étais le seul à ne pas vivre l’ambiance de couple.
Il me semblait aussi qu’Isabelle commençait à se fatiguer des marques d’attention que je pouvais lui porter, même si j’essayais de les faire aussi discrètes que possible, même si je tentais d’être effacé.
Elle m’a avoué avoir eu une lueur d’espoir lorsqu’une après-midi à Saule Guillaume je me suis fait « draguer » par une fille. Une belle fille c’est vrai, mais je n’avais pas la présence d’esprit de remarquer qu’elle cherchait à établir un "contact", et cela n’aurait rien changé que j’en sois conscient. Je n’avais dans mon cœur de la place que pour une personne.
Espoir de me voir occupé à penser à une autre, espoir de ne plus me sentir en peine pour elle, espoir certainement aussi de moins se sentir étouffée par ma présence.
La rentrée scolaire nous a conduit avec Isabelle et Olivier à mieux connaître Beaune, à partager aussi nos moments de trajets. Une autre vie commençait, celle qui allait nous préparer à nos futurs métiers, celle qui nous faisait découvrir après toutes ces années passées au collège de Nuits, un autre milieu, d’autres gens, une forme de liberté nouvelle.
J’avais donc conscience de peut être écraser Isabelle par les lourdeurs que mes sentiments pouvaient lui faire subir. Pour ne pas la gêner j’essayais de me faire aussi petit que possible, n’apparaissant que lorsque qu’elle me semblait dans le besoin, besoin de parler, besoin de partager ou de s’évader….Mais cela ne me suffisait pas.
Puis un jour j’ai appris qu’avec ses deux frères elle participait au presbytère de Gilly chez le père Debort, à des rencontres de réflexions. Réunions dans lesquelles certains jeunes se retrouvaient et débattaient sur un thème donné.
L’idée de participer à ces soirées qui avaient lieu généralement en fin de semaine m’a paru intéressante, au moins sur deux points essentiels.
Le premier était le fait d’avoir la possibilité d’être présent là où se trouvait Isabelle, sans pour autant chercher spécialement à lui parler ou à l’envahir.
Le deuxième était de me voir offrir l’opportunité de partager de nouveaux sujets de conversations dont les thèmes seraient indépendants de nos situations respectives, mais liés aux sujets de ces soirées.
Là encore je me suis lancé.
Alors que je l’avais rencontré chez Isabelle, levant la barrière que depuis longtemps j’avais dressée entre lui et moi, le père Debort à qui je demandais quel était le but des réunions dont j’avais entendu parler, m’a invité à venir essayer d’y participer.
.
--
Publié le 12/06/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
TOUS DROITS RESERVES A SON AUTEUR/ RENE MAX.
Les pages de ce récit sont celles d'un livre destiné à être publié.
Dans les cendres de l'Amour.
C’est pour cela que je me retrouve le samedi soir sur ma mobylette circulant route de Gilly pour me rendre au presbytère, mais je ne suis plus très sûre d’avoir eu une bonne idée.
Lorsque j’ai annoncé à Isabelle que j’étais invité à participer à ces réunions elle n’a pas semblé enthousiasmée, et cette absence de réaction positive a un peu freiné mon élan.
Je tente comme je peux de me mêler à ce groupe dans lequel je ressens la différence qui me sépare de presque chacun de ses participants. Seul Mikaël et peut être Patrick ont une mentalité assez proche de la mienne. C’est d’ailleurs Mikaël qui un soir en sortant de chez le père Debort me dit :
« Max il commence à faire froid, tu ne dois pas avoir chaud sur ta mobylette. Viens directement chez nous pour les prochaines fois, comme cela nous ferons le reste du trajet ensemble.»
Quelle aubaine, je n’en avais pas espéré tant. J’ai donc eu de cette manière cet hiver 1978, la possibilité de retrouver Isabelle le samedi soir : chez elle lorsque j’arrivais un peu en avance, dans la voiture lors des trajets, puis dans ces moments chez le père Debort.
Je n’en conservais pas moins mes plâtres, mes béquilles, mes bandages, et je n’ai perçu que trop tard cet enlisement dans lequel je m’enfonçais alors que je pensais pouvoir trouver un appui, rehausser mon moral.
Aux cours de ces rassemblements Isabelle, je ne pouvais que le sentir, se tenait distante ; elle faisait partie d’un groupe et je venais l’envahir même là…
Dans la petite chapelle de la maison, alors que nous étions réunis à partager des idées ou pour méditer, c’est le feu de l’Amour qui détruisant les dernières barrières de mon cœur, devenait les flammes de l’enfer.
Les premières fois où sur le chemin de l’aller je laissais ma mobylette chez eux pour profiter du trajet en voiture, lorsque j’arrivais un peu en avance, Isabelle prenait le temps de discuter de choses et d’autres avec moi, puis elle a fini par ne plus que me faire entrer dans la maison me laissant attendre presque seul le moment du départ.
Mon malaise, mon mal être ne faisait que grandir.
Pendant ce temps, mon cahier d’écolier continuait de se remplir d’une encre noire.
J’avais acheté à nouveau l’album de Gérard Lenormand, mais cette fois sous forme d’une cassette audio, ainsi que ceux qui ont suivi après.
Olivier ne manquait pas de se moquer des réunions faites chez monsieur le curé et des chansons que j’écoutais…. Pour lui Gérard Lenormand était limité au « Gentil dauphin » et à « La ballade des gens heureux. »
En dehors de ces deux là qui pour moi ne résonnaient pas, j’aimais toutes ses chansons, peut-être parce que la nostalgie prédominait; mais plus que toutes les autres, dans ce tourbillon de feu, je ne cessais d’écouter: « La mort du cygne » et « Comme une rose noire.»
Les réunions à Gilly s’enchainaient. Plusieurs fois, pour éviter cet affrontement moral avec Isabelle, j’avais refait le trajet seul en mobylette jusqu’à Gilly, en prenant soin de faire prévenir Mikäel qu’il ne fallait pas m’attendre.
A chaque fois il était revenu à la charge et avait à juste titre insisté pour que je reprenne avec eux le trajet en voiture, afin que je ne subisse pas trop la rudesse de l’hiver.
« Mais bon sang pourquoi ne veux tu pas profiter de la voiture, il y a de la place, et cela ne me dérange pas Max ! » me disait-il.
Inévitablement l’incident devait arriver.
.
Publié le 13/06/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
TOUS DROITS RESERVES A SON AUTEUR/ RENE MAX.
Les pages de ce récit sont celles d'un livre destiné à être publié.
Dans les cendres de l'Amour.
Mikaël ne pouvait connaître mon tourment et n’avait pas à en subir les conséquences, ou à penser qu’il aurait pu commettre une action qui m’aurait fâché au point de ne plus vouloir accepter son offre de transport.
Une fois encore j’ai pris sur moi, une fois encore l’acide qui me rongeait restait invisible de l’extérieur.
Pourtant un de ces samedi soir, je suis arrivé chez Isabelle pour attendre l’heure du départ en voiture. Il pleuvait. Madame Souvignet qui m’a vu arriver n’a pas voulu que j’attende à l’extérieur, elle m’a demandé de la rejoindre à l’étage alors que j’aurais pu rester au sous-sol.
Mikaël avait été retardé et n’était pas encore prêt.
Je venais de surgir dans le couloir quand Isabelle est passée devant moi avec un bonjour, sans s’arrêter en rejoignant sa chambre. Quelques secondes je me suis retrouvé seul dans ce couloir, comme ignoré, à me demander ce que je faisais là.
Il n’en a pas fallu plus pour que le barrage de ma raison finisse par céder, il n’en a pas fallu plus pour que les dernières limites de l’incendie destructeur soit atteintes, incendie qui maintenant n’avait plus de limite.
Seul dans ce couloir, j’ai alors rebroussé chemin. Je suis rapidement sorti de la maison, pour enfourcher ma mobylette et retourner vers le refuge de ma chambre.
Je venais de franchir un cap, je venais d’avoir une attitude de colère; c’était la première fois qu’Isabelle allait constater que j’étais mécontent, la première fois que je lui tournais le dos.
Et là encore, elle n’était pour rien dans ce qui m’arrivait, j’étais le seul à qui l’on aurait pu faire des reproches.
Mes parents étaient absents ce soir là, moins d’un quart d’heure après mon retour j’ai entendu sonner à la porte de la maison. Il faisait déjà nuit, mais en descendant l’escalier pour arriver jusqu’à la porte d’entrée, en voyant la voiture qui attendait moteur en marche devant la maison, en distinguant la silhouette dont la main était encore sur la sonnette, j’ai réalisé qu’Isabelle était là, à attendre que je vienne lui ouvrir.
L’emballement soudain des battements de mon cœur m’a un peu freiné, c’était la première fois qu’elle venait sans être accompagnée de Christelle et de Christophe, j’ai hésité à lui ouvrir la porte.
« Allez Max, ouvre-moi. » m’a t-elle lancé sur un ton suppliant.
La partie haute de la porte d’entrée était faite de vitres qui s’ouvraient vers l’intérieur et protégées par une ferronnerie d’art.
Je m’étais arrêté en bas de l’escalier, je voyais Mikaël au volant de la voiture dont il venait de couper les phares, mais je n’osais pas regarder Isabelle qui se trouvait à quelques mètres de moi derrière la vitre.
Ma colère n’était pas redescendue. Colère envers moi certainement pour être ainsi parti de chez eux sans rien avoir dit à personne. Je m’apprêtais à remonter dans ma chambre.
« Max attends ! ouvre-moi s’il te plait. »
Je me suis avancé jusqu’à la porte que j’ai laissé fermée. J’ai seulement ouvert la vitre, la grille séparait nos visages, et là dans le sombre de la nuit, là dans le bleu de ces yeux que j’ai toujours évité d’observer trop longtemps, j’ai vu pour la première fois couler les larmes d'Isabelle.
.
Publié le 18/06/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
TOUS DROITS RESERVES A SON AUTEUR/ RENE MAX.
Les pages de ce récit sont celles d'un livre destiné à être publié.
Dans les cendres de l'Amour.
Comment ais-je pu en arriver là ? Arriver à faire du mal à celle que je voulais protéger, protéger des autres, protéger de moi. Comment gérer cette situation dans laquelle je me trouvais face à mon échec et face à l’incompréhension d’Isabelle ?
Des larmes coulaient de ses yeux, mais après tout je ne savais pas pourquoi. Je pensais qu’elle avait du avoir des reproches de son entourage pour m’avoir laissé seul chez elle et que peut-être, on l’avait obligé à venir jusque là pour s’excuser, contre son gré, provoquant ces larmes..
« Pourquoi es-tu là Isabelle ?
-Mikaël m’a fait remarquer que tu étais parti lorsqu’il m’a demandé où tu étais. Je suis désolée pour tout à l’heure: de t’avoir laissé seul. Viens avec moi, nous sommes venus te chercher pour aller à Gilly.
-Non Isabelle je ne viendrai pas. Qui est avec toi dans la voiture et pourquoi n’avez vous pas pensé que j’étais déjà à Gilly ?
-Mikaël nous attend, il est un peu fâché contre moi et nous revenons de la cure, tu n’y étais pas, allez viens ! Tu veux te faire prier ?
-… Non Isabelle certainement pas, laisse moi maintenant s’il te plait, je reste là, je ne viendrai plus à ces réunions. »
Sur ces mots, alors que je repousse la vitre, Isabelle passe quelques doigts au travers de la grille, m’empêche un instant de la fermer en me demandant une nouvelle fois de revenir sur ma décision. Puis c’est le cœur en torture que je la vois me tourner le dos et la tête basse rejoindre son frère, puis la voiture quitter la place.
Une fois encore je me retrouve face à moi-même. J’aurais pu lui proposer d’entrer, entamer une discussion dans laquelle je lui aurais tout raconté depuis le début, au point où j’en étais…
Mais mon choix a été différent; je suis conscient d’avoir franchi une étape et en regagnant ma chambre, je réalise à quel point la torture que je m’inflige peut faire mal. Je ne sais plus où j’en suis.
Je ne sais plus où j’en suis, je n’ai que la solution de me réfugier dans les paroles des chansons de Gérard Lenormand.
J’ai l’impression en les écoutant que ma situation a un écho, j’ai l’impression qu’elles sont la vérité que doit entendre Isabelle, qu’elles sont le reflet de mon âme, reflet qu’elle aurait dû voir toute seule.
Mais c’est moi que je dois fustiger, moi qui seul me suis conduit à cette situation. Je me souviens de ces premiers temps où je la rencontrais, quand je voyais au fond du tunnel de souffrance de mes Amours passés, poindre cette nouvelle lueur.
Je me souviens malgré mes peines passées m’être autorisé à avancer pour voir de plus près ce qui brillait au loin.
Je me suis avancé et j'ai continué d’avancer en lâchant la rampe; et en cessant d’être prudent, je me suis rempli de cette lumière qui m’a ébloui et a créé le feu qui doucement est venu ronger les protections que depuis tant d’années j’avais mis en place.
Je cherche mon cahier, il faut que je sorte ce que j’ai en moi, il faut que j'arrive à gérer l'ouragan de cette tourmente.
Publié le 19/06/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
TOUS DROITS RESERVES A SON AUTEUR/ RENE MAX.
Les pages de ce récit sont celles d'un livre destiné à être publié.
Dans les cendres de l'Amour.
C’est une période de ma vie où je me suis découvert le plaisir d’écrire. Je n’ai jamais tenu de journal intime car je pensais que c’était réservé aux filles de tenir ce genre de document.
Filles qui, pas toujours mais souvent l’air de rien, essayent de faire savoir à qui veut bien les lire, les évènements de leur vie, leurs joies et leur peines.
Plaisir d’écrire au fil de l’eau mes ressentis, plaisir de traduire mes émotions par des mots.
C’est ainsi que doucement je remplissais les feuilles de mon cahier.
Au commencement, je déversais sur ces pages des textes construits. Il ne s’agissait pas d’un récit journalier non, mais plus des textes à chansons car j’avais un peu l’ambition de pouvoir chanter ce que j’écrivais. Je ne connaissais que cinq accords sur ma guitare, mais avec cela je me voyais ayant un jour la capacité de traduire pour Isabelle ce qui m’arrivait.
En fait je ne suis jamais allé au-delà de l’écriture.
Puis au rythme du feu qui brûlait en moi, au rythme des coups que j’encaissais, je suis passé assez rapidement des textes à chansons aux poèmes.
Qu’est ce qu’un poème ?
Pour moi c’était un texte, une suite de rimes rythmées et surtout, dont le sens pouvait être double.
Même si ce n’était pas mon souhait, je pensais que quelqu’un pourrait un jour trouver ce cahier et je n’avais aucune envie de livrer ce que je vivais. Je codais donc à ma manière ces écrits.
Mais c’était au début. Maintenant je n’avais plus le temps, plus la force en rédigeant de dissimuler ce qui me taraudait. Je n’avais plus envie de travestir quoi que ce soit, je voulais laisser une trace de ce qui m’arrivait.
Puis d’une trace à laisser, c’est une aide que j’essayais de trouver, l’aide improbable d’une fin, car seule une fin pouvait me sortir du piège dans lequel je m’étais enfermé.
Je ne voyais pas comment après tout ce temps, après toutes ces pensées uniquement consacrées à Isabelle depuis tant de mois je pourrais passer à autre chose, comment je parviendrai à l’oublier.
Plus maintenant que je m’étais englué dans l’espoir qu’un jour elle verrait que je suis là, que je suis celui qu’elle cherchait.
Dieu seul sait toutes les prières que je lui ai adressées : « Dieu fait qu’un jour Isabelle m’aime…. »
Avec les prières je n’ai pas loupé une occasion de faire un vœu.
Combien ai-je effeuillé de pâquerettes innocentes pour deviner si elle m’aimait, un peu à la folie ou pas du tout ?…
Combien d’allumettes enflammées ai-je tenues jusqu’au bout pour avoir le droit de faire un vœu ? Combien ai-je attendu de voir : la première étoile filante, la première hirondelle, le premier flocon de neige pour à cette occasion, faire monter au ciel mes vœux ?
Jamais je n’ai perdu espoir, jamais jusqu’à maintenant. mais là vraiment, il fallait que je parvienne à trouver une fin à ce supplice.