Publié le 10/05/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
TOUS DROITS RESERVES A SON AUTEUR/ RENE MAX.
Les pages de ce récit sont celles d'un livre destiné à être publié.
Dans les cendres de l'Amour.
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En me remerciant Isabelle se saisie du paquet, hésite un peu puis ouvre le papier d’emballage duquel elle extrait le double album. Inquiet, j’observe les traits de son visage.
Je ne vois rien et pire encore, Isabelle reste silencieuse. Je ne sais comment interpréter cela.
Quand enfin des mots sortent de sa bouche, elle me dit :
« Max tu es fou, un double album…Il a dû te coûter très cher. »
Elle lit le texte des chansons écrites sur la pochette du disque, reste de nouveau silencieuse pendant ce temps. Je suis encore debout à l’observer.
Je me dis qu’elle va commencer à comprendre ce tourment qui brûle en moi, qu’en écoutant au calme ces chansons elle…..
Soudainement, Isabelle se relève me regarde et me dit.
« Non c’est trop Max, je ne peux pas.
-Tu ne peux pas quoi ?
-Je ne peux pas accepter, cela n’est pas pour moi.
-Mais si justement Isabelle, c’est pour toi. C’est pour te remercier de m’avoir fait connaître Gérard Lenormand et aussi pour le plaisir de te faire ce cadeau.
-Non Max, il ne faut pas. »
En disant cela Isabelle me tend les disques.
Je ne comprends pas ce qui ce passe, j’ai l’impression d’avoir un gong qui résonne dans la tête, j’ai du mal à clarifier mes pensées.
« Tiens reprends les, je suis désolée je ne peux pas garder ça pour moi. »
La main que je tends pour prendre les disques tremble un peu et avec du mal je réussis à empêcher des larmes de passer la frontière de mes yeux.
Mes yeux qui se portent sur la photo qui orne l’album.
Elle montre le chanteur marchant les mains dans les poches, dans un champ, avec pour arrière plan un ciel nuageux.
Les nuages sont aussi en train de remplir mon cœur. Je vois Isabelle qui me regarde l’air sincèrement désolée.
Pourtant à cet instant je lui en veux. C’est la première fois depuis que je la connais.
Je lui en veux de ne pas comprendre l’importance qu’avait pour moi ce don que j’ai voulu lui faire. Je lui en veux de briser l’espoir que j’avais mis dans cette phase de compréhension que devaient lui donner les chansons qu’elle allait pouvoir écouter.
Je ne suis même pas vexé, juste triste de ce qui arrive.
Maintenant je sens dans mon cœur comme une lame chaude qui s’y serait logée. Ce feu qui a toujours brûlé en son sein est battu par les vents d’une tempête inconnue. La douleur de sa brûlure se répand jusqu’aux limites de sa périphérie.
J’ai rangé l’album dans son sac. Sans rien dire je sors de la chambre d’Isabelle pour discrètement quitter la maison Souvignet.
Arrivé dehors, mes disques sous le bras, je pars en courant jusqu’à la route nationale.
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Publié le 11/05/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
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Je suis retourné par ce qui vient de se produire. Tout à mon plaisir de lui offrir quelque chose, je n’ai à aucun moment imaginé qu’elle pourrait le refuser. Il m’avait même paru évident qu’elle comprendrait, qu’elle finirait par écouter ces chansons et deviner ce qui avait pu motiver ce cadeau.
Dans mon ascension qui avait cessé, dans mon état d’apesanteur, le vide sous moi et la tête rejetée en arrière pour continuer d’apercevoir ce qui m'avait aspiré, c’est un trou d’air que je viens de subir, une secousse qui me fait battre des bras, comme pour me rattraper à quelque chose entre immobilisme et chute vers ce précipice que je ne veux pas voir. Je reste encore en suspend, mais cette fois et malgré moi j’ai les yeux tournés vers ce trou noir qui semble m’attendre.
Je quitte Vosne Romanée à pied en longeant la nationale pour retourner sur Vougeot, et tout en marchant je contiens ces larmes qui cherchent à me brouiller la vue.
Bataillant contre tout ce qui me passe par la tête, je me rends à l’évidence qu’en fait j’ai calqué sur Isabelle ma façon d’agir, ma façon de ressentir.
J’ai commis cette erreur de croire que l’autre peut penser comme moi, l’erreur de penser à la place de l’autre.
Sans m’arrêter, je me retourne pour regarder la maison d’Isabelle. La fenêtre de sa chambre donne sur la nationale et peut-être suit-elle du regard mon départ. Le voitures et les camions qui me dépassent m’induisent dans leur souffle d’air qui m’enveloppe et me secoue, des idées de détresse; et si je me laissais tomber là sur la chaussée, juste au moment ou passe un véhicule…..
Tout se bouscule dans ma tête, je ne sais plus où j’en suis, pourtant j’arrive à garder le contrôle de la situation.
Je me décide pour un geste moins grave. Je vais briser les disques et les jeter dans le fossé. Je pense qu’Isabelle me voit et comprendra que je suis blessé.
Je m’arrête, sors les vinyles de leur pochette, je vais les casser sur mon genou avant de disperser les morceaux. Un gros camion me dépasse en klaxonnant.
Je ne peux m’empêcher de regarder une fois encore l’image de cet album qui a pour nom Nostalgie. Les mains dans les poches, le chanteur aussi à l’air nostalgique, mais il avance.
Dans ma tête aussi j’avance. Ma raison essaye de se faire entendre : « Tu l’as payé cher cet album, il serait dommage de le jeter, garde le pour toi au moins. Tu ne connais pas toutes ces chansons, écoute les, elles t’aideront peut-être toi aussi comme tu pensais qu’elles le feraient pour Isabelle. »
Je m’assois sur la rive du fossé le regard perdu dans le paysage qui m’entoure, mes tensions en profitent pour s’apaiser.
Dams mes réflexions, je me dis que je ne veux pas qu’Isabelle me voit ainsi, et sans plus tarder je reprends ma route mes disques sous le bras.
Arrivé à la maison je gagne directement ma chambre je n'ai pas envie que l’on connaisse mon désarroi.
Le seul tourne-disques de la maison est celui de l’école. Presque un meuble qu’il faut porter à deux mains et dont l’unique haut-parleur mesure un mètre cinquante. Je n’ai jamais utilisé ce genre d’appareil, pourtant j’ai envie d’écouter les disques que je viens de ramener et pas dans la classe mais dans ma chambre.
Je retrouve papa qui travaille au bureau du secrétariat de mairie pour lui demander l’autorisation d’emprunter ce tourne-disques, maman est aussi là.
Je m’attendais à un refus ou pour le moins à une demande sur la raison de cet emprunt, mais c’est un: « oui tu peux » qui m’est adressé. Alors que maman m’observe, je lance un rapide merci et quitte les lieux avant que mon visage trahisse l’événement que je traverse.
Publié le 16/05/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
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Le lourd appareil est monté en deux fois jusqu’à ma chambre. Ces vingt et une marches de l’escalier qui mène à l’étage des chambres, sont gravies à la lenteur imposée par le poids de ce que je transporte.
Mais j’ai aussi l’impression qu’un autre poids encore plus lourd, et qui en ces instants plombe mon cœur, donne à mes gestes et à mes réflexions la sensation d’être englué, la sensation d’être anesthésié.
Une fois le tourne-disques installé je n’attends pas pour écouter les chansons que j’avais choisies pour Isabelle. Volontairement je mets le son assez fort pour qu’il puisse être entendu à l’extérieur de ma chambre ; message de tristesse pour ceux (s’il en est), qui essayeraient de comprendre cette situation nouvelle dans mon attitude.
Je verrouille ma porte, puis-je m’allonge sur mon lit où les yeux fermés, je me laisse porter par la nostalgie que diffuse le haut-parleur.
Dix fois pour le moins j’aurai ce soir là écouté le double album de Gérard Lenormand, et inconsciemment, je me suis laissé recouvrir par une épaisse gangue de nostalgie.
Des jours durant encore, je n’aurai passé mon temps libre qu’à écouter ces chansons.
Je ne suis pas repassé par la maison Souvignet.
L’école a continué à rythmer mes rencontres avec Isabelle, comme l’ont fait nos sorties organisées avec Olivier, Christophe et Christelle.
Mais nouveauté pour moi, je souffrais de sentir mon cœur faire le hérisson. Je le sentais fermé, en boule, sur la défensive.
Le feu de cet Amour qui m’avait envahi ne s’étouffait pas. Il continuait de brûler dans cette boule fermée. Je ne pouvais lui apporter ni oxygène, ni évacuation. Je ne savais pas comment gérer cela.
Dans les moments que nous partagions, j’installais de la distance entre Isabelle et moi. J’avais encore plus l’impression de ne pas être à ma place. Peut-être parce qu’elle ne m’a jamais reparlé de ce jour où elle a refusé la partie de mes sentiments que je voulais lui offrir en chansons, jamais demandé ce que j’avais fait des disques qu’elle m’avait rendus.
En apparence j’essayais de tenir cette distance. De surcroît mon comportement intérieur était ambigu car je continuais d’être l’Ami sur lequel elle pouvait compter et s’appuyer. Ambiguïté qui comme un soufflet de l’enfer, activait le feu qui me dévorait.
J’ai inconsciemment tenté une parade, peut-être plus exactement un contre feu. Il a eu pour nom Danielle.
Danielle la sœur d’Isabelle. Je la voyais presque à chaque fois que nous nous trouvions à Vosne. Nos relations étaient sympathiques, maintenant je riais même plus avec elle qu’avec Isabelle.
Un jour elle a commencé à prendre des leçons de code pour passer son permis de conduire. Moins de trois kilomètres séparent Vosne de Nuits où elle se rend à bicyclette par les chemins de vignes.
Ses leçons sont souvent en fin de journée, horaires auxquels je suis généralement déjà rentré de l’école.
Il m’a fallu peu de temps pour lui proposer de l’accompagner sur le trajet qui la mène à Nuits. Elle en a ri au début, puis à dû penser que je me sentais obligé. M’a dit que ce n’était pas la peine que je l’accompagne, qu’elle pouvait faire la distance seule. Mais moi au fond j’étais un peu inquiet de savoir qu’elle rentrait ainsi seule la nuit tombée.
Au premier trajet je me suis imposé, puis elle a très vite apprécié que sur ma mobylette je puisse la tracter, accrochée à mon épaule.
Moi je profitais de ce fait pour être heureux de lui rendre service, heureux d’avoir sa main sur mon épaule.
Publié le 21/05/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
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C’était aussi l’occasion, quand j’attendais au bas de sa maison que Danielle soit prête et à notre retour de Nuits, de retrouver incidemment Isabelle.
Lors de ces rencontres je ne faisais qu’échanger avec elle des banalités, mais je gardais de cette manière le contact, essayant de paraître indifférent à sa présence ou à son absence. Essayant…
Décemment je ne pouvais continuer d’imposer de la sorte à Danielle ma présence lors de ses déplacements jusqu’à Nuits. Pas sans raison valable en tout cas, et vis à vis de Michel son ami, non plus.
Alors, je me suis inscrit dans la même auto-école, afin de passer la licence qui permet de conduire une moto de 125 centimètres cubes, limite que mes seize ans imposaient.
Je n’en avais pas vraiment l’utilité ne posédant pas d’engin de ce genre, mais le prétexte pour accompagner Danielle en devenait réel et je pouvais toujours dire que j’avais le projet d’acquérir prochainement une 125 cm3 et qu’en attendant, cela me permettra de conduire la yamaha de Christophe sans avoir à me cacher.
Les jours donc continuaient de s’écouler ainsi, dans l’insouciance d’une jeunesse qui avance dans la vie avec ses hauts et ses bas, avec ses coups de gueule et ses coups de cœur.
Et ces jours qui lentement défilent font avancer l’année sans que rien ne change vraiment.
Le printemps et ses premières chaleurs étaient de nouveau là. La scolarité présentait aussi sa fin qui cette année imposait encore à l'échéance de la troisième, l’épreuve du brevet. Malgré l’immanquable stress que cet examen faisait monter, l’air du temps baignait dans une ambiance joyeuse.
Pourtant un soir où une fois encore je me rendais avec Danielle au code, j’ai senti qu’un drame se jouait.
Pour avoir petit, partagé la chambre avec ma grande sœur, j’ai appris inconsciemment à reconnaître la peine qui habite le cœur d’une fille.
Ce soir là, j’attendais comme à chaque fois devant sa maison le moment où elle allait surgir pour, sur sa bicyclette, venir me retrouver . Habituellement je la voyais arriver vive, souriante, une plaisanterie en introduction à notre bout de soirée partagée. Mais cette fois, ce n’est pas moi qu’elle regardait en me rejoignant, mais le sol devant ses pieds. Le joli sourire qui illuminait son visage avait laissé la place à de la tristesse.
« Bonjour, on y va... » furent les seuls mots qu’elle a prononcés du bout des lèvres.
Je n’ai rien tenté pour essayer de savoir ce qui se passait. Je comprenais aisément que cette situation annonçait quelque chose d’inhabituel, de grave pour que dans cette famille où le rire est inné, Danielle que je voyais toujours joyeuse soit ce soir dans cet état.
Sa main accrochée à mon épaule nous avons parcouru en silence les quelques kilomètres qui nous séparaient de l’auto-école.
En route malgré ma discrétion, elle a remarqué que je voyais les larmes qui troublaient ses yeux. Jamais je ne l’avais vue ainsi, et dans un sourire forcé elle a essayé de me faire croire qu’un moucheron lui avait touché un œil un peu trop fort.
Par respect je suis resté discret, mais au fond j’espérais que l’amicale complicité que nous partagions depuis quelques mois l’aurait encouragée à me parler pour se défouler ou soulager un peu sa peine, si bien sûr c’était possible.
Arrivé à destination j’étais maintenant gêné d’être le témoin de cette souffrance silencieuse. C’est pour cela que je l’ai laissée rejoindre seule les bancs de l’auto-école.
« Tu ne viens pas Max ?
- Non pas ce soir, je n’ai pas assez révisé, je vais faire trop de fautes. Vas-y, j'attendrai là dehors que tu finisses. »
Publié le 22/05/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
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Mon excuse était fausse car comme à chaque fois j’avais bien préparé cette séance de code, mais ce soir j’aurais eu trop de mal à me concentrer en cherchant à comprendre ce qui avait pu se passer pour que Danielle soit en pleurs.
Je me suis donc installé par terre pour attendre comme un gros toutou que l’heure du retour arrive.
A Vosne, en attendant qu’elle sorte de sa maison, je n’avais rien remarqué de spécial, ni entendu de cris laissant supposer qu’une dispute pouvait être l’origine de son état, et une dispute ne l’aurait pas empêchée de lancer ses habituelles plaisanteries.
Non! quelque chose de plus personnel devait la toucher, mais de quoi pouvait-il s’agir?
A la sortie de sa leçon elle avait l’air un peu mieux et affichait un sourire que la tristesse de ses yeux faisait mentir.
Sur le chemin du retour elle essayait aussi de me donner le change en me racontant un peu sa journée, mais sans conviction.
« Tu sais, lui ais-je dit, je préférerais que tu m’annonces que quelque chose ne va pas et que cela ne me regarde en rien, au lieu d’essayer de me faire croire le contraire. »
De nouveau j’ai vu les larmes couler sur ses joues. Je me suis senti idiot, je m’en voulais, et déjà nous étions en vue de sa maison.
« Arrêtons nous là un peu Max, je ne veux pas rentrer les yeux rougis.
-Danielle écoute, je ne veux pas savoir ce qui t’arrive si tu penses que cela ne me regarde pas. Je veux juste que tu oses me demander de l’aide si tu es dans le besoin, c’est tout. Ce soir garde le silence, je pense que c’est mieux ainsi.»
Je suis arrivé à sortir quelques bonnes grosses plaisanteries qui ont eu pour effet de la faire rire, et ses larmes séchées nous nous sommes séparés.
Cette fin de journée c’est perplexe que je rentrais chez moi, commençant à douter de l’estime que pouvait me porter Danielle.
Le lendemain samedi je tenterai d’obtenir des nouvelles. Je ne pouvais supporter l’idée qu’elle puisse souffrir sans que j’ai essayé de lui venir en aide.
Dans ce temps qui passe, j’arrivais à ne pas trop m’éloigner de la famille Souvignet. Retrouver régulièrement Danielle me permettait d’être présent chez eux, j’arrivais de la sorte, à ne pas trop me soucier de ce que l’avenir me préparait avec Isabelle ; relations plus distantes encore ou rapprochement amical?
Je me laissais porter par les évènements, mes pas dans les paroles des chansons de Gérard Lenormand.
Olivier lui qui préférait les groupes tels que King Grimson, Ac/Dc, ou Kiss, ne manquait pas de se moquer de ce côté sentimental que j’exposais lorsque je déclarais le genre de musique que j’écoutais.
Le petit groupe que nous formions, Christelle, Christophe, Isabelle,Olivier et moi, continuait de vivre au travers des sorties que nous avions: au café de Boncourt, au bal, au cinéma à Dijon, des ballades que nous faisions à pieds ou à cheval, ou en se regroupant chez l’un ou chez l’autre.
Groupe dans lequel je me sentais vilain petit canard malgré l’ambiance, malgré les rigolades….Autour de moi, mes compagnons de ces moments avaient l’air heureux de vivre.
Publié le 24/05/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
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Dans les cendres de l'Amour. ----- L'enfant à naître. -----
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Samedi après-midi je suis revenu à Vosne. Je savais qu’à un moment j’allais avoir l’occasion de rencontrer Danielle, ce qui en réalité n’a pas tardé à se produire car à l’instant ou j’arrivais devant sa maison, elle sortait de la cour pour se rendre à pieds au commerce du village. Danielle a accepté que je laisse ma mobylette et l’accompagne.
Après avoir échangé quelques plaisantes banalités, un peu de silence s’est installé entre nous. Elle avait toujours l’air aussi grave que la veille, marchant malgré son attitude désinvolte le regard fixé au sol, jusqu’à ce que nous arrivions à l’épicerie but de sa sortie. Là, après avoir réalisé ses achats, Danielle m’a proposé de continuer de marcher un peu par les chemins de vignes avant que nous retournions chez elle. Je devinais qu’elle se préparait à me dire quelque chose et acceptais sa proposition.
« Bien sûr que je veux continuer avec toi, mais tu me laisses porter tes courses. »
Aujourd’hui encore la météo était avantageuse et le beau ciel bleu qu’elle donnait à cette journée positivait tout ce que je voyais, tout ce que je ressentais. Danielle me semblait en difficulté et j’étais prêt à affronter ce qui pouvait la perturber, ne serait-ce que pour lui rendre son sourire.
Nous arrivions dans une petite ruelle quand Danielle s’est arrêtée.
« Comment la trouves tu Max ?
-Comment je trouve qui ?
-Là, cette maison tu la trouves comment ? »
Danielle me désignait la maisonnette qui nous faisait face de l’autre côté de la ruelle. Construite en pierres comme toutes les maisons anciennes de ce village et comme elles le sont toutes dans nos villages de la Côte; cette maison qui me semblait petite ne manquait pas de charme.
« Vue de l’extérieure je l’aime bien, à qui est-elle ?
-Viens continuons de marcher, je ne veux pas trop rester là. »
Je l’ai suivie sans rien dire, et nous sommes arrivés sur le chemin des vignes, situé un peu derrière la maison qu’elle m’a désignée. Là, nous nous sommes assis sur le muret de pierres sèches clôturant cette parcelle de vignes qui borde la route.
Devant nous s’étendait le village dont les maisons nous présentaient en partie leur toit, et en limite droite et gauche, le ruban noir de la route nationale sur laquelle défilaient les voitures de passage. Juste derrière cet ensemble, nous pouvions apercevoir la maison de ses parents.
A mes cotés, Danielle tentait encore un sourire qui ne pouvait cacher la crispation de ses traits.
« Merci Danielle de m’offrir cette ballade, c’est joli ici, et c’est du bon temps pour être dehors.
-Oui ! Alors la maison tu la trouves vraiment sympa ? Elle n’est pas trop renfermée dans une ruelle ?
-… ? Non je t’assure, ça pourrait même être la maison d’une fée.
-C’est là que je vais habiter maintenant! Bientôt...
-Comment ça ? Tu ne veux plus rester chez tes parents ? Tu as envie de partir ?
-…..
-Danielle c’est quoi cette décision, tu t’es fâchée avec quelqu’un? c’est pour cela que tes yeux pleuraient hier?
-Je n’ai pas été très sympa avec toi Max. Tu as toujours un mot gentil, tu es toujours là pour donner un coup de main, et moi je ne voulais pas te mêler à mes histoires.
-Ne t’inquiètes pas pour moi, mais de quelles histoires parles tu ?
-...... Max je suis enceinte."
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Publié le 26/05/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
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Un coup de masse sur la tête ne m’aurait pas plus ébranlé. Du cœur au cerveau, cette annonce me parcourait et me secouait avec force. J’avais du mal à croire ce que je venais de comprendre; Danielle, « ma » Danielle était dans une situation qui n’avait rien de bénin.
Elle était soudainement plongée de force dans l’avenir que son destin lui avait préparé. Quelque soit la méthode employée il venait de la prendre par la main de la pousser à l’eau en lui disant, vas y! c’est à toi maintenant.
Ma surprise était totale ; de surcroît, bien que je ne me sois jamais vraiment posé la question, je réalisais alors que la relation entre Danielle et Michel était plus importante que le flirt auquel j’avais pu songer. Un instant même un éclair de colère m’a traversé l’esprit ; j’ai imaginé qu’il avait pu abuser de la confiance de Danielle. Puis à la réflexion, il me semblait les connaître assez pour être certain que ce n’était pas le cas.
Je n’ai laissé qu’une seconde de mon temps à ces pensées. Je devais songer à bien réagir pour que Danielle qui était à mes côtés ne se sente pas plus en difficulté. J’imaginais à quel point en parler ne devait pas lui être facile.
« Mais c’est une belle nouvelle que tu m’annonces là Danielle. La vie veut que tu deviennes maman. …. Merci aussi de la confiance que tu me portes. Tu veux m’en dire un peu plus ?
-A la maison c’est dur avec maman qui n’imaginait pas du tout cela. Tu comprends sa fille …. Elle nous a toujours dit qu’avant le mariage nous n’avions pas à nous toucher Michel et moi, et là elle est devant le fait accompli. Je ne peux pas rester à la maison, pas avec ce qui m’arrive.
-Mais non ! n’exagère pas, et puis avec Michel vous avez sûrement déjà pensé à une solution adaptée.
-Non, tu comprends c’est un accident ! je ne suis même pas certaine que Michel veuille actuellement d’une vie en couple, ce serait même le contraire et je ne veux pas l’obliger. »
Dans ma tête les rouages de mes pensées tournaient à plein régime, je cherchais comment lui donner confiance en l’avenir.
Moi qui espérais pouvoir lui venir en aide….. Mais que pouvais-je faire du haut de mes seize ans face à un tel bouleversement de vie. Y avait-il même quelque chose à faire ?
Je me suis levé et Danielle m’a laissé lui prendre la main pour l’inviter à reprendre notre ballade.
« La maison alors, c’est là où tu penses vivre avec Michel ?
-Avec ou sans lui, oui. De toutes façons je n’ai pas le choix.
-Ne t’inquiètes pas pour l’avenir Danielle, moi je sais que tu seras une super maman.
Tu verras, et en plus ça te va très bien. »
Je lui avais lâché la main, son sac de courses dans l’autre, nous reprenions la route qui nous ramenait à la maison de ses parents.
« Max tu n’en parles à personne, pas même à Isabelle s‘il te plait. »
Je l’ai laissé devant chez elle, je ne voulais voir ni sa sœur ni sa maman et encore moins Michel.
Danielle si joyeuse si gaie, de la sentir au bord des larmes me rendait un peu agressif.
Il me fallait prendre le temps de gérer cette nouvelle à tête reposée.
Je voulais aussi trouver le moyen de l’aider, quel qu’il soit.
Publié le 28/05/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
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Page55.
Je suis resté volontairement éloigné de la maison Souvignet toute une semaine.
Un bouleversement complet surgissait dans la vie de Danielle, j’avais du mal à gérer ce qui arrivait, du mal à penser à tout ce qui allait changer, je pensais que pour elle cela devait être pire.
Ne savait-elle vraiment pas ce que Michel allait faire ? Je crois que c’est cela qui me tenaillait le plus. Imaginer que Danielle, la gentillesse incarnée allait se retrouver dans une situation qui pouvait être désespérée, désarmée, seule face à cette nouvelle vie.
Toute cette semaine j’ai donc essayé de faire le point sur ma vie aussi, sur ce que j’avais comme projet pour l’avenir, sur mes vrais désirs. Ce bilan réalisé, j’ai pu avoir une vision assez claire de ce que je pouvais faire pour Danielle.
Un samedi après-midi je suis retourné la voir, j’avais une proposition à lui soumettre qui lui permettrait d’être moins seule pour affronter ce qui lui arrivait.
De nouveau nous avons pu partager quelques instants lors d’une promenade.
« Danielle avec Michel où en es tu ?
-Je ne sais pas vraiment. J’ai l’impression que ses copains ont plus d’importance pour lui.
Il s’est un peu renfermé et ne me dis rien. »
C’est encore les larmes retenues que Danielle m’a dit cela, et la voyant triste comme elle l’était, je n’ai pas hésité.
« Danielle ne pleure pas. Je ne veux pas que tu sois malheureuse, je ne veux pas que tu ais peur de l’avenir. Tu sais que je suis là pour t’aider.
-Je sais Max, je sais. Merci d’être là, mais tu ne peux pas grand chose pour moi.
-Justement si Danielle...
J’ai toujours aimé les enfants, et je suis prêt à donner mon nom à celui que tu attends, prêt à être le papa de cet enfant pour ne pas que tu sois seule à l’élever.
-… ! Non ce n’est pas possible, ne dit pas cela Max !
-Je t’assure que c’est ma décision Danielle, tu sais que tu peux compter sur moi. Je ne te parle pas d’amour, mais d’une aide pour ces années à venir. »
Le silence est tombé sur les pas de notre promenade, les larmes de Danielle nous ont encore accompagnés. Je n’arrivais pas à distinguer ce qu’elle pouvait penser.
De mon côté, je me préparais. Préparais à un éventuel oui. Les conséquences auraient été immédiates.
Annoncer ma décision à la maison, arrêter peut-être l’école pour trouver du travail. Tenir le rôle d’un homme et oublier l’adolescent que j’étais.
En fin d’après-midi nous nous sommes quittés sans en avoir dit beaucoup plus. Danielle m’a une nouvelle fois remercié et il m’a fallut patienter quelques jours encore pour connaître sa décision.
Publié le 29/05/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
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Je n’ai rien dit ni chez moi, ni à Christophe. Danielle m’a quelques jours plus tôt demandé de ne parler de sa situation à personne.
Une certaine angoisse occupait une bonne partie de mes jours, le trac plus exactement. Je n’ai absolument pas regretté ma décision. Je l’ai prise sous la conduite du cœur comme toujours. C’est celle qui me semblait la plus évidente pour éviter que Danielle reste seule face à sa situation, mais tout de même, je m’interrogeais et m’inquiétais sur ma réelle capacité à subvenir à ces besoins. Je ne manquais pas de courage mais d’expérience.
J’ai attendu la leçon de code suivante pour retrouver Danielle; une semaine s’était écoulée sans que je sache ce qu’elle avait décidé.
Nous avons cette fois encore fait le trajet jusqu’à Nuits ensemble et sans aborder ce sujet. Pourtant l’envie de lui poser la question me brûlait les lèvres. C’est parce que je la sentais différente, plus détendue, que j’ai patienté encore un peu.
Sur le chemin du retour, avant d’arriver, j’ai fini par lui poser la question :
« Danielle j’ai l’impression que tu vas mieux, cela me fait plaisir. Il y a du nouveau pour toi ?
-Oui Max. Je suis heureuse, les nuages s’écartent, je suis soulagée, mon Lou m’a demandée en mariage.
-…..Mais c’est formidable ! Effectivement c’est une très bonne nouvelle ! Je retire donc la proposition que je t’avais faite.
-Max tu es fou ! Te rends tu compte de ce que tu m’a proposé ? Tu aurais sacrifié tes envies tes projets pour moi ? Ce n’est pas possible?…
-C’était vraiment sincère Danielle et cela n’aurait pas été un sacrifice. Maintenant je préférerai que l’on en parle plus. »
J’étais heureux pour Danielle, elle allait rester avec celui qu’elle aimait ; quant à moi j’étais à la fois soulagé et déçu.
Soulagé de cette pression qui disparaissait de mes épaules;déçu car j’avais beaucoup de tendresse pour Danielle, je sentais même poindre une once de jalousie, jalousie alimentée par la crainte que Michel ne l’aime pas vraiment, se sente obligé d’accepter ce mariage et au final ne la rende pas vraiment heureuse.
La cérémonie à été rapidement décidée, j’ai été invité au mariage. Dans le fond de l’église, alors que le prêtre officiait, je cherchais encore à déterminer si Michel était sincère ou non.
J’en concluais que oui certainement, et lorsque qu’est arrivé le moment des félicitations, en lui serrant la main, les yeux dans les yeux d’un air qui se voulait une mise en garde, je lui ai dit :
« Surtout Michel, prend bien soin d’elle, et toujours. »
Car moi je l’aurais fait pour toujours.
Peu s’en est fallu que je sois à son bras, peut-être…..
Au final je n’ai jamais su ce que Danielle a pensé de ma proposition, je les ai aidés à aménager leur maison, puis la vie à repris son cours. Danielle à obtenu son permis, moi ma licence.
Publié le 31/05/2008 à 12:00 par aimerpourlavie
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Les pages de ce récit sont celles d'un livre destiné à être publié.
Je ne suis le héros d'aucun livre, mais tout de même le héros de ma vie.
Mes concepts sont peut-être d'une autre époque, peuvent choquer ou paraître déplacés, couverts de la poussière du temps, mais ils sont ceux que je respecte.
Ils sont ceux qui font ce que j’ai été, ce que je suis.
Ils n’ont eu comme guide que le cœur qui les fait vivre, et brillent de l’Amour qui les nourrit.
C’est ainsi que ma vie déroule le fil de ses jours ; c’est ainsi que j’aime, ris ou pleure, ignoré de ceux qui m’entourent, invisible à leurs yeux tellement je cherche à ne pas les effrayer par le décalage que mes pensées pourraient produire.
Le temps de l’orientation scolaire est là. Il nous faut choisir où poursuivre nos études à la sortie du collège, choisir l’avenir professionnel qui sera le nôtre.
Je vais prendre la deuxième grande décision de ma vie. La première était pour Danielle.
Quel sens donner à mes études ?
Je n’ai aucune idée de ce que je ferai dans l'avenir. J’ai déjà pensé être chanteur, chauffeur routier, militaire, garde forestier, moniteur d’auto école, astronome, scientifique, baroudeur, archéologue et bien d’autres encore.
Mes résultats me permettent de continuer dans la voie littéraire, de passer un BAC G. Mais pour faire quoi ? Avocat, professeur, notaire ?
J’aime bien tout ce qui est bricolage, électronique, chercher et réfléchir pour trouver les solutions à un problème posé.
De ces deux choix je n’aurais pas d’autre résultat que de perdre de vue Isabelle. Elle souhaite préparer un diplôme de comptabilité et de fait ira à Beaune, alors que moi mes choix me porteront soit à Brochon pour le BAC, soit à Chalons en internat pour l’électronique. Je n’arrive pas à accepter cette fatalité.
Olivier a opté pour des études d’électromécanicien au lycée de Beaune lui aussi. Son choix est la solution à mon dilemme, je ferais comme lui. Après tout, l’électronique n’est pas très loin de l’électromécanique.
Alors pour avoir encore la possibilité d’être avec Isabelle, j’oriente mes études sur une formation d’électromécanicien.
Je ne le sais pas encore, mais lorsque je signe cette décision d’orientation elle aura pour conséquence qu’Olivier et moi soyons dans la même classe et que je sois matin et soir dans le transport scolaire emprunté par Isabelle.
Je n’arrive pas à trancher dans les sentiments que j’éprouve pour Isabelle. L’esprit occupé à accompagner et protéger de loin Danielle m’a pendant quelques temps soustrait au feu qui brûlait en moi. Mais il est bien présent.
Je ne sais plus que faire pour avoir l’occasion de la rencontrer. Christophe vit sa petite vie avec Christelle, Olivier a ses occupations, moi je me plonge dans l’écoute des chansons de Gérard Lenormand.
Je ne sais si elles jouent le rôle d’un baume apaisant ou si au contraire, sans que j’en sois conscient, elles alimentent en combustible l’incendie qui me dévore .
Quoi qu’il en soit, je reste seul.
Je n’ai même pas l’idée de rencontrer d’autres personnes et pourquoi faire ? Je sais que sur ce chemin nos cœurs se sont trouvés. Je ne contrôle pas leur invisible dialogue, Isabelle a encore moins conscience de ce qui se joue, mais ils nous tiennent tous les deux par la main, nous guidant vers notre destin, donnant à notre vie la leçon du moment.