Posté le 08.02.2008 par aimerpourlavie
TOUS DROITS RESERVES A SON AUTEUR/ RENE MAX.
Les pages de ce récit sont celles d'un livre destiné à être publié.
Dans les cendres de l'Amour.
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Les jours de cette semaine sont longs à s’écouler. Je n’ai plus revu Isabelle depuis ce matin là dans le bus, et je ne pose pas de questions à Olivier. Peut-être sait-il pourquoi on ne la voit pas, mais je ne souhaite pas qu’il puisse deviner que je m’intéresse à elle.
Lors des récréations, je continue de suivre mes pas, en jetant très haut un objet pour le rattraper ou la tête penchée sur mon livre de théâtre.
Mais loin d’être concentré, tout en marchant, je repère du coin de l’œil les élèves qui font partis du groupe que fréquente Isabelle, pour m’assurer qu’elle ne vient pas d’arriver dans la cour. Je ne sais même pas dans quelle classe elle est.
Je mets à profit son absence pour prendre de l’assurance en adressant un peu plus la parole aux filles de ma classe. Je dois vraiment me forcer, elles rigolent toujours bêtement, et leur seul sujet de conversation se limite à comparer la beauté des « gars » qu’elles croisent, ou voient à la télévision.
Ces temps ci, j’ouvre un peu plus les yeux sur ces demoiselles que je côtoie tous les jours au collège et dans le bus, sans vraiment les voir.
Il faut dire que je m’intéresse plus aux livres d’aventures et à courir les bois qu’aux filles, comme le font les garçons de mon age.
Moi, mon rêve n’est pas de d’être accompagné par une belle copine, et encore moins de vanter mes succès sexuels, mais de vivre comme ces indiens que je vois dans les westerns.
Le cœur bon et simple, l’esprit en harmonie avec les être humains et la mère nature.
Comme eux aussi, je suis capable d’extrêmes résolutions.
Mes connaissances dans le domaine de la sexualité ne sont pas non plus très avancées. Je sais peut-être à peine embrasser. Pour le reste, je crois que je n’imagine même pas en quoi cela peut consister. Olivier lui, m’a raconté avoir déjà fait des trucs…
A la maison, je n’ai pas de grand frère, mais une grande sœur qui a huit ans de plus que moi, Lalane, et une autre plus jeune de seize mois, Gaby. Je n’ai donc pas l’occasion d’aborder ce domaine. Des discussions avec papa sur le sujet, encore moins.
D’ailleurs chez nous, nous ne parlons pas de ces choses là, un tabou plane dessus.
Ma grand-mère de son vivant, disait que ce qui avait rapport à la bagatelle était avant le mariage, péché mortel .
Mais ce ne sont pas ses dires qui m’ont influencé. Si telle avait été ma décision, je serais passé à l’acte sans tenir compte de son avis. Mais bon, ce n’était pas le cas.
Nous ne pouvions pas compter non plus sur les films du soir à la télévision, le carré blanc est bien visible, et même sans cela dés que les images montrent deux personnes qui s’embrassent un peu trop longtemps, il nous faut arrêter de regarder pour rejoindre nos chambres et aller nous coucher.
J’ouvre donc les yeux et regarde ces filles qui m’entourent. Pas une n’est aussi belle qu’Isabelle.
Posté le 08.02.2008 par aimerpourlavie
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Dans les cendres de l'Amour.
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Il m’arrive parfois de croiser Anne ou Elisabeth.
Je constate avec soulagement que je ne suis plus envahi par une bouffée d’émotions à leur approche.
C’est récent, cela signifie que mon cœur a fait le vide.
C’était une vraie torture que: de le subir emballé, le sentir remonter jusqu’à la gorge, et ne rien pouvoir dire. De ce côté, je suis maintenant apaisé.
Je ressens bien cette nouvelle lumière qui brille en lui, mais elle n’est qu’une palpitation lointaine qui se fait à peine remarquer. Une lumière que l’on croit apercevoir au fond d’un tunnel. Pourtant il ne me donne pas l’impression d’être très serein.
Olivier m’énerve un peu avec son monopoly chez Isabelle. Je me demande si déjà il n’a pas deviné que j’avais un faible pour elle.
Le restant de la semaine, je n’ai pas eu plus de chance de la revoir, ni au collège, ni dans le bus. A essayer de la retrouver, je me suis même surpris à être un peu inquiet.
Je n’ai personne à qui me confier.
Je n’ai jamais eu dans mon entourage un ami avec qui je pouvais parler de mes soucis. Les garçons sont toujours dans la rivalité; un jour ou l’autre ils profitent de vos faiblesses avouées.
Je me sens plus proche des filles qui ont une autre écoute, mais je leur fais encore moins confiance, elles se racontent tout.
A la maison j’ai longtemps partagé la même chambre avec ma sœur Lalane.
De cette époque je me souviens très bien que parfois, lorsque qu’elle venait se coucher, je l’entendais pleurer dans son lit.
Elle essayait de se faire discrète pour ne pas me réveiller ou pour éviter que je la remarque. Mais je l’entendais et j’avais de la peine pour elle. Alors sous mes draps je pleurais sans rien dire.
Lalane aussi un jour a commencé à fréquenter les garçons. A seize ans, elle n’avait pas le droit de sortir seule de la maison. L’éducation du pays d’où nous venons n’autorise pas une jeune fille à circuler seule dans la rue.
Parfois maman lui permettait: de s’absenter plus longtemps, ou de se promener, à condition que je l’accompagne. J’avais huit ans.
Ma discrétion était sans faille je crois. Lalane pouvait avoir confiance en moi, et notre complicité fût totale.
Mais elle n'est plus là, et sept ans se sont écoulés. Je ne sais pas si en la matière elle aurait pu me conseiller, mais je crois que si elle était présente je lui confierai mes états d’âme.
J’ai envie de prendre une initiative. J’envisage de me rendre à Vosne Romanée samedi après-midi. Je ne sais pas ce que je ferais, mais cet objectif me permet de freiner les pensées qui dans ma tête, tournent à vide et dans tous les sens.
Posté le 10.02.2008 par aimerpourlavie
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Après mes devoirs, après avoir fini d’aider à la maison, je suis prêt ce samedi après-midi pour partir à la conquête de Vosne Romannée, et peut-être rassurer mon cœur.
Je n’ose pas penser que je vais tenter de conquérir celui d’Isabelle.
Le beau temps qui nous octroie sa douce chaleur de printemps rend cette sortie encore plus euphorique.
Mon plan est simple : comme j’ai repéré sa maison, je vais passer devant chez elle ou stationner dans sa rue avec l’espoir de la voir. Si l'occasion m'est offerte, je trouverai le prétexte pour l’aborder.
Pour mes parents cette après-midi je pars chez Olivier. Ce n’est pas tout à fait faux, je continuerai jusque chez lui si mon espoir ne se réalise pas.
Je quitte la maison sur ma bicyclette en passant par les vignes, derrière le Clos de Vougeot. Ces routes secondaires, ces chemins de vignes, m’isolent des lieux trop fréquentés. Ils me font traverser une nature qui m’a toujours enivré et qui m’emporte dans des élans infinis de…. de je ne sais pas quoi en fait.
Ce dont je suis sûr, c’est qu’elle submerge mes sens par toute la beauté qu’elle exprime.
Dans ses coteaux et les bois qui les couvrent, alignés à perte de vue vers l’ouest.
Dans ses combes où serpentent les chemins que j’aime parcourir des heures durant, et qui plongent leur profondeur sur d’insondables mystères nés de mon imagination.
Dans ses vignes qui d’est en ouest s’étendent de chaque côté de la route nationale, pour puiser dans la terre et le ciel, les éléments qui fourniront aux hommes, les fruits de leur ivresse.
Dans sa plaine qui au delà des vignes s’étend vers l’est, où seuls la lisière de la forêt de Citeaux et quelques châteaux d’eau brisent l’élan de ses lignes vers l’horizon.
Tout cet univers qui est celui dans lequel j’ai grandi, m’élève vers quelque chose que j’ignore.
(Vingt cinq ans plus tard je comprendrai de quoi il s’agit).
Emporté par cet élan, et tout à l’excitation de ce qui risque de se produire cette après-midi, je ne réalise pas que les deux kilomètres cinq à parcourir sont « avalés » en un temps record sous mes coups de pédales.
Me voilà parvenu à destination, je m’arrête place de l’église.
Je réfléchis encore une fois à ce que je vais faire. J’ai le cœur qui bat au rythme de mon angoisse grandissante, et je me sens ridicule d’agir comme cela.
J’hésite entre rebrousser chemin et laisser les choses se faire naturellement, ou provoquer les èvénements. Mais je ne serais pas Max si j’étais passif.
Alors sur mon vélo je m’élance dans la rue qui descend le village jusqu’à l’arrêt de bus de la nationale. Au panneau stop qui impose la prudence avant de traverser cette route, je suis arrêté, pieds à terre, en vue de la maison d’Isabelle.
Une dernière hésitation, un coup d’œil à gauche, à droite, et je franchis le cœur emballé, le terrain de ma première conquête.
Posté le 16.02.2008 par aimerpourlavie
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Ca y est, j’ai franchi le cap de mon incertitude. Je suis arrivé dans cette rue que je scrute depuis tous ces jours, lorsque le bus qui nous transporte arrive à sa hauteur, sans que jamais je n’aperçoive Isabelle.
Maintenant il me faut faire quelque chose.
Je pédale aussi doucement que je peux en passant devant sa maison. Il est quatorze heure trente, je devrais voir dans la cour une ou deux mobylettes, dont celle d’Olivier.
Je m’efforce de scruter au travers du grillage qui borde les lieux une présence ou quelque chose qui me donne une indication, mais je ne vois rien et n’entends personne. Je me doute que pour un monopoly c’est à l’intérieur que doivent se trouver Isabelle et ses invités, mais j’espère que quelqu’un que je connais sera là dehors, me remarquera et m’arrêtera.
Ma bicyclette va trop vite, la rue est en pente douce. J’ai beau, les mains sur les freins, essayer de la ralentir, je suis passé trop rapidement pour arriver à quoi que ce soit.
Le nez dans mon guidon, je n’imagine pas que cela soit déjà fini. Le bout de la rue approche, je vais devoir refaire un passage.
Je m’arrête de pédaler après le petit pont de la voie ferrée. Devant moi s’étendent les vignes; plus loin encore se devine la maison d’Olivier, et dans mon dos, le chemin à parcourir de nouveau pour arriver jusqu’à la maison d’Isabelle, si j’en ai le courage.
Je ne me donne pas le temps de réfléchir. Je fais demi-tour, je pousse ma bicyclette à la main et je remonte la rue à pied.
Je me fais penser à Bourvil en panne de vélo, et me sens un peu ridicule.
Mon cœur accélère son rythme, sur ma gauche approche la maison d’Isabelle qui me paraît toujours aussi vide de présence.
Du coin de l’œil, je perçois de l’autre côté de la rue, un mouvement dans la cour de la maison d’en face. Je ralentis encore, j’appuie mon vélo contre un mur de clôture, me baisse comme pour attacher mon lacet et tourne la tête pour regarder qui arrive.
« Bonjour ! », me dit une voix.
Je me redresse et constate que s’est arrêtée à ma hauteur une jeune fille, brune aux cheveux courts, d’allure énergique qui me sourit franchement.
Je réponds d’un bonjour qui se veut ferme, alors que j’ai l’impression d’avoir une langue desséchée.
« Tu cherches quelque chose ? » me demande-t-elle tout sourire.
Posté le 19.02.2008 par aimerpourlavie
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Dans les cendres de l'Amour. Christelle - sa famille.
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Je n’avais pas prévu cette intervention extérieure. Je me donne le temps de réfléchir à ce que je vais dire, en prenant ma bicyclette qui est toujours appuyée contre le mur.
« En fait j’arrive de Flagey où mon copain n’est pas chez lui. On m’a dit qu’il serait peut-être ici chez Isabelle. J’essaye de voir si il y est.
-Son sourire s’est agrandi, si tu cherches de ce côté, tu ne risques pas de le trouver. Isabelle habite là ! »
Elle me désigne la maison d’où elle vient de sortir. Devant mon apparente surprise elle me précise :
« De ce côté c’est ma maison, j’habite en face de chez elle.
-Je suis étonné! j’ai cru qu’elle habitait ici car lorsqu’elle descend du bus de ramassage, c’est là que parfois je l’ai vu se diriger.
-C’est normal, elle passe souvent par chez moi avant de rentrer chez elle. »
Je regarde plus précisément les abords de la maison d’Isabelle mais je ne vois pas plus de mobylette ou de présence.
« Mon copain Olivier Bonnot devait venir faire un monopoly chez Isabelle. Sais-tu s’il est arrivé?
-Olivier Bonnot ! je le connais, il passe de temps en temps, mais aujourd’hui il n’est pas là. C’est vrai qu’il y avait un monopoly d’organisé chez Isabelle, mais elle est malade depuis une semaine. Donc personne n’est venu.
-Ha ! c’est pour cela alors que je ne la voyais pas à l’école !
-Oui cette semaine elle n’est pas allée en classe. C’est d’ailleurs Olivier qui lui apportait ses cours. »
Voilà qui fait beaucoup de nouvelles à gérer.
Positives : je sais exactement où elle réside, et je comprends mieux pourquoi je ne l’ai pas vu au collège.
Négatives: Olivier à l’air de bien la connaître, et je n’aurais pas l’occasion, par son intermédiaire, d’approcher Isabelle aujourd’hui comme je pensais le faire.
« Tu es aussi dans la classe d’Isabelle, me demande t-elle.
-Non je suis au collège, mais pas dans sa classe. Nous nous sommes parlés quelques fois pendant le trajet jusqu’au CES. Et toi tu es une copine d’Isabelle ?
-Oui, sa voisine et son amie. Je m’appelle Christelle. Tu veux passer lui dire bonjour ? »
Mais que me demande t-elle! Ca va un peu vite. Dans ma tête j’ai du mal à suivre ce qui s’y passe. J’ai un peu l’impression de répondre malgré moi.
« -Je ne veux pas la déranger ! Elle n’a peut être pas envie d’avoir de visite.
-Tu sais depuis une semaine à part moi, elle ne voit personne. Tu ne m’as pas dit ton prénom.
-C’est exact, je m’appelle Max, j’habite à Vougeot.
-Viens nous allons aller la voir. »
Alors que Christelle retourne chez Isabelle, mon cœur s’emballe, j’ai l’impression qu’elle peut l’entendre. J’hésite à la suivre.
Elle se retourne, me sourit en me lançant : « viens n’ait pas peur. »
Comment ca! je n’ai pas envie qu’elle croit que j’ai peur.
Je traverse la rue à sa suite, appuie ma bicyclette contre le mur, et entre dans la propriété Souvignet.
Posté le 20.02.2008 par aimerpourlavie
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Dans les cendres de l'Amour.
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Je traverse une avant-cour de gravier blanc sur laquelle donnent les fenêtres de ce que je pense être la cuisine et la salle de la maison. Les pièces de vies semblent situées à l’étage, au-dessus du rez-de-chaussée qui doit être le garage.
J’ai le trac et l’impression que l’on me regarde arriver.
Christelle passe devant l’escalier extérieur, ne l’emprunte pas et continue en direction de ce qui ressemble à une entrée de garage, ouvre une porte, et je me retrouve derrière elle, dans le sous-sol de la maison.
Je m’arrête indécis, conscient que je n’ai pas été invité dans ces lieux.
Christelle me demande de la suivre dans l’escalier qui montent vers l’étage, mais je refuse. Je préfère attendre qu’elle annonce ma présence et revienne me chercher si je ne gêne personne.
Je la perds de vue, j’entends une porte que l’on ouvre, referme puis plus rien.
Je regarde autour de moi. Je suis entouré de tout ce que l’on peut rencontrer dans un tel endroit. Une buanderie jouxte la montée d’escaliers.
A l’opposé, dans un coin de la pièce, je vois du bois sculpté. J’ai toujours eu envie de travailler le bois. Je ressens la noblesse de ce matériau, enivrant par les odeurs que dégage sa matière que l’on travaille. Il produit sur moi le même effet que la nature que je contemple lors de mes promenades. Il doit y avoir une logique à cela.
Je ne peux m’empêcher de caresser la fibre de ces quelques morceaux de bois qui n’ont rien d’extraordinaire. Il s’agit certainement des pièces d’un bout de charpente, mais cela a suffit pour détourner mon attention de l’escalier.
Quand je me retourne pour surveiller ce qui peut en surgir, je suis surpris de me trouver face à Christelle et Isabelle. Je ne les ai pas entendues venir.
« Heu! …Bonjour, je regardais ces morceaux de bois, je ne vous ai pas entendu arriver.
-Christelle m’a dit que tu ne voulais pas monter? lance Isabelle. »
J’ai de grandes difficultés à ne pas rester bloqué à la regarder. Elle est là, près de moi, vêtue de son jean et de son pull gris comme la première fois où je l’ai vue. Je pourrais la toucher en levant la main.
Son visage encadré par ses cheveux défaits, est éclairé par un franc sourire qu’illuminent ses yeux bleus. C’est la première fois que je peux vraiment la contempler ainsi.
Pourtant je détourne rapidement mes yeux des siens. Mon cerveau n’arrive pas à suivre le rythme de mon cœur.
Posté le 24.02.2008 par aimerpourlavie
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Je détourne les yeux pour regarder Christelle, j’ai du mal à maîtriser l’emballement de mon cœur, mais je m’efforce de ne rien laisser paraître.
Je n’ai pas pensé que les évènements iraient si vite, je le souhaitais, mais je me rends compte que je ne m’y étais pas préparé. Isabelle ne me connaît pas et je pense que de mon attitude en cet instant va dépendre la façon dont elle va me considérer.
Je ne vais pas lui dire que je viens pour elle, cela ne se fait pas, et je risque de la « bloquer » avec une opinion négative sur moi si je joue au dragueur.
Les mains dans les poches, en fausse décontraction, je réussis à faire passer un peu de salive sur ma langue pour dire aussi clairement que possible :
« En fait je vais voir Olivier et en passant par ici je vérifiais s’il était présent chez toi.
Enfin…., je ne voulais pas entrer, mais depuis la rue je regardais si je voyais sa mobylette dans la cour. Il m’avait dit que ce samedi il venait jouer au monopoly ici.
Christelle que j’ai croisée, m’a conduit jusque là après que je lui ai expliqué que je ne t’avais pas vue cette semaine au collège. Je vais reprendre ma route pour aller chez Olivier, mais je suis content de te voir.
-Tu m’as cherchée cette semaine ! Il y avait quelque chose que tu voulais me dire?
-Heu!…Ben rien de spécial, mais j’aime bien parler avec toi sur le trajet de l’école, tu souris tout le temps.
-Ha bon? me lance Isabelle étonnée et toute souriante. »
Mais qu’est ce qu’elle est belle, j’ai mal dans ma poitrine.
Pourquoi est ce que je la trouve si belle ? Je ne peux rien discerner de particulier et je n’ai pas la force de l’observer mieux, mes tempes battent trop fort et ma vision se brouille un peu.
Christelle qui est à ses cotés est un peu plus petite mais elle fait « plus femme ». Il n’y a pas besoin de l’observer bien longtemps, ses formes sont plus de nature à plaire aux hommes.
Isabelle a un physique plus discret. Mais je n’ai jamais détaillé le physique des filles.
Les gens, je les voie au travers de leurs yeux.
Ce sont les fenêtres de l’âme. Ce que j’en perçois résonne en moi comme le son d’une cloche dont le timbre sonne juste ou non.
Dans les yeux d’Isabelle je suis comme sur une patinoire, sans contrôle, je n’ai rien pour m’agripper. Ce qui en sort résonne plus fort que tout ce que j’ai connu.
Dans ses yeux mon cœur devance mes yeux, c’est un dialogue effréné que nos deux âmes à notre insu ont établi. Elle n’en est pas consciente sûrement, et tant que je ne le saurai pas, je dois garder une neutralité apparente.
Mieux vaut un dialogue secret entre nos deux cœurs que de perdre l’accès à ses yeux.
Posté le 25.02.2008 par aimerpourlavie
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Dans les cendres de l'Amour.------------ Sa famille.
« Oui tu es souriante et tu m’as l’air mieux que les filles que j’ai l’habitude de rencontrer, alors partager un peu sur le chemin de l’école me plait bien. Bon je ne vais pas trainer, Olivier doit m’attendre quelque part.
-Mais tu pensais qu’il était là…me reprend Isabelle.
-Oui c’est vrai, je m’embrouille un peu. Bon, puisqu’il n’est pas là je vais continuer ma route.
Tu reprends l’école lundi ?
-Oui, je n’ai plus rien, je vais bien. Tu veux monter un peu ? cela ne me dérange pas.
-C’est que cela me gêne, tu avais sûrement autre chose à faire.
-Non rien, je viens de terminer ce que je faisais avec Christelle. »
Sur ce, Christelle qui était toujours là en profite pour nous lancer :
« Oui, et il faut que j’y aille, ma mère doit m’attendre.
A une autre fois peut-être, au revoir »
Isabelle prend la direction de l’escalier et me demande de la suivre. Je ne bouge pas je reste indécis, elle insiste.
« Allez viens, tu veux te faire prier ? »
Je cède. Elle n’a pas l’air de se forcer ou de m’inviter par politesse. Ca serait la pire des choses à me faire; me laisser croire ce qui n’est pas.
Je monte les marches derrière elle et nous arrivons à l’étage dans le couloir de la maison.
Alors que je franchis la porte de l’escalier, arrive la maman d’Isabelle.
C’est une grande femme qui semble énergique. Alors qu’elle m’adresse un bonjour accompagné d’un sourire aussi franc que celui de sa fille, je me sens tout de suite à l’aise.
Je me permets d’ajouter pour Isabelle :
« Je comprends d’où vient ton sourire. »
Madame Souvignet lance un compliment de remerciement mais je ne saisis pas ce qu’elle dit.
Elle est déjà dans sa cuisine d’où elle lance : « tu veux boire un chocolat chaud ou autre chose? »
Cette convivialité apparente me surprend. Chez nous nous n’avons pas l’habitude de proposer ou partager immédiatement avec les gens que nous voyons pour la première fois.
La politique de la famille est plus du genre : méfiance, voyons d’abord de qui il s’agit et ce qu’il veut.
Isabelle me repose la question à laquelle je réponds chocolat. Elle me soulage de mon blouson qu’elle va déposer dans sa chambre.
Je rejoins madame Souvignet dans la cuisine.
Comme je le pensais en arrivant, ce sont bien les fenêtres de cette pièce et celle de la salle qui donnent sur la cour côté rue.
Alors que je m’assois le long de la table au bout de la banquette, je remarque dans la salle à manger, la présence d’un garçon qui à l’air plus âgé qu’Isabelle.
Il n’a pas levé la tête à mon arrivée, ni dit bonjour. Hum ! Je dois quand même déranger. Il est penché sur des livres et des cahiers.
Madame Souvignet qui a suivi mon regard me dit :
« C’est Mikaël, il révise ses cours. Il ne faut pas faire trop de bruit.
Dis-moi, tu t’es perdu pour arriver ici?
Posté le 26.02.2008 par aimerpourlavie
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Dans les cendres de l'Amour.
Page18
-Pas vraiment madame. En fait je cherchais la présence d’un copain Olivier, qui m’avait dit qu’il serait ici cette après-midi.
-Es-tu aussi dans la classe d’Isabelle, comme Olivier? »
Isabelle qui nous a rejoint s’est assise à côté de moi, elle me regarde.
Je jette mes yeux au fond de mon bol, un peu de répit pour mes émotions le temps de boire mon chocolat. Je ne savais pas qu’Olivier et Isabelle étaient dans la même classe. Pourquoi ne me l’a-t-il jamais dit ?
Pendant ce temps, la porte de l’escalier s’ouvre sur une fille du même style qu’Isabelle mais en bien plus brune. Je la compare à Carole Laure à qui elle ressemble, mais elle me fait aussi brièvement penser à mon premier amour: la monitrice.
Elle se prénomme Danielle, sœur d’Isabelle. Très souriante aussi. C’est sûrement un trait de caractère de cette famille. Danielle me lance un bonjour en passant et s’en va rejoindre Mikaël dans la salle à manger.
Madame Souvignet qui remarque que je ne la connais pas, me précise que ses enfants sont au nombre de quatre, et qu’il me reste à rencontrer Claudine, et Patrick.
Ses paroles résonnent comme une autorisation à revenir, j’en suis très heureux.
Mon bol reposé je lui réponds : « Non, je ne suis pas dans la classe d’Isabelle.
Chez nous aussi nous sommes quatre, j’ai deux sœurs et un petit frère. »
Madame Souvignet a sorti des légumes qu’elle commence à éplucher. J’en profite pour me lever, il me faut partir j’ai l’impression de m’imposer.
« Madame je vais vous laisser, merci pour le chocolat c’est gentil de me l’avoir proposé.
-Ho tu sais, c’est parce que j’allais m’en faire un aussi.
-Isabelle, je reprends ma route pour Flagey. On se revoit lundi peut-être. »
J’attends devant la porte des escaliers qu’elle revienne de sa chambre où elle est allée chercher mon blouson. Nous descendons les marches ensemble, moi devant, en silence. Arrivé sous-sol je me retourne et lui tend la main avant d’ouvrir la porte. Le sourcil droit relevé elle me fait remarquer: « As-tu oublié ce que t’a dit Olivier l’autre jour? Les filles on leur fait la bise. »
Elle ne bouge pas et son sourire en coin me fait comprendre qu’elle attend que j’agisse comme les autres garçons.
En guise d’excuse je lui dis : « Tu sais chez nous la bise correspond plus à l’expression visible d’un lien qui rapproche deux personnes, qu’à une poignée de main.
-Ha bon ! Tu ne veux pas me la faire alors ? » C’est maintenant elle qui me tend la main.
Quel idiot je fais ! Heureusement, il me semble passer en pilote automatique. Le dialogue muet de mon cœur avec le sien m’encourage à passer au-delà de mes habitudes.
Je ne comprends rien à ce qui se passe, à ce qui me pousse.
Je me vois au ralenti, lui prendre sa main, et m’avancer pour poser sur sa joue une délicate bise, dans laquelle je voudrais qu’elle ressente l’expression de toutes mes émotions.
Posté le 28.02.2008 par aimerpourlavie
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Je lance un : « A la prochaine! », dans lequel mon cœur essaye de m’imposer l’expression de sentiments plus voyants. Pourtant je reste son maître, et tout en le domptant je laisse derrière moi Isabelle en refermant la porte du sous-sol.
Me voilà à l’extérieur. J’ai envie de courir, sauter mais on pourrait m’observer depuis les fenêtres de la maison. C’est donc d’une démarche qui se veut assurée que je quitte le territoire de ma première victoire. Je retrouve ma bicyclette où je l’avais laissée.
Alors que je l’enfourche, j’aperçois de l’autre côté de la rue, Christelle qui depuis la coure de sa maison me fait un au revoir de la main. Je ne lui réponds que d’un petit signe.
Il serait mal venu qu’Isabelle me voit et pense que je ne fais pas de différence entre elle et son amie.
Je reprends la route de Flagey avec l’objectif de trouver Olivier. Je ne lui raconterai pas ce que je vis en ce moment, mais je l’informerai du fait qu’en le cherchant, je suis allé chez Isabelle.
Pendant que je pédale, l’air qui me caresse le visage me laisse ressentir le bonheur de vivre.
Je roule le regard dans le vague, mais débordant de toute la beauté que le paysage traversé m’envoit. Le plaisir des yeux est à l’unisson de mon cœur, qui dans son espace intime anime une fête discrète.
Pourtant dans la cohue de mes pensées qui essayent de gérer, classer, et analyser ce que je viens de vivre, surgit un signal de prudence.
Comme l’entrée discrète d’un ver dans une pomme qui peu à peu gâte le fruit, il jette un voile de doute dont l’importance fait taire la fête qui battait son plein.
J’arrête de pédaler et laisse mourir la vitesse de mon vélo pour m’arrêter pensif au bord de la route. La maison d’Olivier est en vue, mais je ne vais pas plus loin. Je prends une autre direction pour rejoindre Vougeot.
L’engrenage de mes pensées manque soudain d’huile. Il se grippe sur une question : Pourquoi Olivier ne m’a t-il pas dit qu’il était dans la classe d’Isabelle ? Pourquoi ne m’a t-il pas dit qu’elle était malade cette semaine ?
J’arrive dans le parc de Vougeot. Dans les bois qui l’entourent, j’ai un coin « à moi », sous un grand acacias entouré de buis. J’aime me retrouver dans cet endroit où le calme et les parfums environnants m’ont toujours comblé.
Je m’étends sous l’arbre les mains croisées sous la tête, ferme les yeux et je me laisse porter par le plaisir d’être ici.
En sursaut j’ouvre les yeux, la lumière du jour a baissé, j’ai du m’endormir un peu, calmant la bataille qui naissait en moi.
Je retrouverai lundi Olivier et je saurai lui poser les bonnes questions. Demain dimanche je ne pourrai pas retourner chez lui et à Vosne Romannée, un repas de famille nous attend à Pontailler.
Et si Olivier était amoureux d’Isabelle? N’est ce pas pour cette raison qu’il évite de me parler d’elle ? Pour m’empêcher de mieux la connaître, de l’approcher ?